
Quelles sont les fautes graves pour licenciement ? Définition, exemples
Faute grave au travail : définition juridique, liste d'exemples reconnus par les juges, différences avec la faute simple et lourde. Guide pratique

Une faute grave pour licenciement se définit comme une violation des obligations contractuelles d'une intensité telle que le maintien du salarié dans l'entreprise devient immédiatement impossible : y compris pendant la durée limitée du préavis. Cette impossibilité de maintien immédiat constitue le critère distinctif posé par la jurisprudence de la chambre sociale de la Cour de cassation. Ni le Code du travail ni la loi ne dressent de liste exhaustive des comportements qualifiables de faute grave : c'est le juge prud'homal qui apprécie souverainement, au cas par cas, si les faits reprochés justifient cette qualification. Ce guide détaille le cadre juridique et les exemples les plus fréquents en jurisprudence, avant d'examiner les erreurs de procédure qui fragilisent un licenciement pourtant fondé.
Ce qu'il faut retenir
- La faute grave rend impossible le maintien du salarié dans l'entreprise, même pendant la durée du préavis.
- La charge de la preuve incombe à l'employeur, qui doit produire des faits précis et matériellement vérifiables.
- Le délai pour engager la procédure disciplinaire est de 2 mois à compter de la connaissance des faits (art. L. 1332-4 du Code du travail).
- Le salarié licencié pour faute grave perd l'indemnité de licenciement et de préavis, mais conserve ses congés payés et l'accès à l'ARE.
- Un même comportement peut être qualifié de faute simple ou grave selon le contexte : poste, antécédents disciplinaires, secteur d'activité.
Qu'est-ce qu'une faute grave en droit du travail ? La définition exacte
Sa définition ne repose pas sur une disposition légale unique. C'est la jurisprudence de la Cour de cassation qui en a forgé les contours : elle résulte d'un fait ou d'un ensemble de faits imputables au salarié, constituant une violation des obligations découlant du contrat de travail d'une importance telle qu'elle rend impossible le maintien du salarié dans l'entreprise, même pendant la durée du préavis.
Cette définition jurisprudentielle repose sur un critère central : l'impossibilité de maintien immédiat. Il ne suffit pas que l'employeur soit mécontent du comportement du salarié, ni que celui-ci ait commis une erreur professionnelle. Il faut que la gravité des faits soit telle que la présence du salarié, ne serait-ce que pour la durée limitée du préavis légal, devienne intolérable pour l'entreprise.
L'article L. 1232-1 du Code du travail pose le principe général : tout licenciement pour motif personnel doit reposer sur une cause réelle et sérieuse. Cette qualification constitue un motif personnel d'une particulière intensité. Elle se situe à un degré supérieur à la simple cause réelle et sérieuse, mais en deçà de la faute lourde qui, elle, suppose une intention de nuire.
Cette qualification emporte des conséquences financières significatives. Le salarié perd le bénéfice de l'indemnité légale de licenciement prévue à l'article L. 1234-9 du Code du travail et de l'indemnité compensatrice de préavis mentionnée à l'article L. 1234-1. Il conserve toutefois l'indemnité compensatrice de congés payés acquis et non pris, ainsi que le droit à l'allocation de retour à l'emploi (ARE).
Faute grave vs cause réelle et sérieuse : quelle différence concrète ?
La cause réelle et sérieuse est le socle minimal exigé pour tout licenciement pour motif personnel. Elle suppose des faits objectifs et clairement établis pour justifier la rupture du contrat de travail. L'employeur peut licencier pour cause réelle et sérieuse sans que le comportement du salarié ne rende impossible son maintien immédiat dans l'entreprise.
La faute grave, elle, franchit un seuil supplémentaire. Les faits reprochés sont d'une intensité telle qu'ils justifient une rupture immédiate du contrat, sans préavis. La différence est donc une question de degré et non de nature : un même type de comportement (absence injustifiée, insubordination) peut relever de la cause réelle et sérieuse ou de la faute grave selon son contexte et la gravité de ses conséquences.
En pratique, cette distinction emporte deux conséquences majeures. Premièrement, le salarié licencié pour cause réelle et sérieuse perçoit l'indemnité de licenciement et l'indemnité compensatrice de préavis. Celui licencié pour faute grave en est privé. Deuxièmement, le licenciement pour cause réelle et sérieuse peut faire l'objet d'une transaction entre les parties ; le licenciement pour faute grave est plus difficilement négociable.
Le rôle du juge prud'homal dans la qualification de la faute
Le juge prud'homal dispose d'un pouvoir souverain d'appréciation de la qualification de la faute. Ce principe, constamment rappelé par la chambre sociale de la Cour de cassation, signifie que les juges du fond ne sont pas liés par la qualification retenue par l'employeur dans la lettre de licenciement.
Son examen porte sur les faits dans leur globalité. Il tient compte de l'ancienneté du salarié, de l'existence ou non d'antécédents disciplinaires, du niveau de responsabilité, de la taille de l'entreprise, du secteur d'activité et des conséquences concrètes du comportement reproché sur le fonctionnement de l'entreprise. Un même fait peut ainsi être qualifié différemment selon le contexte.
Lorsque le juge requalifie une faute grave en cause réelle et sérieuse, il condamne l'employeur au paiement des indemnités de préavis et de licenciement. À l'inverse, il ne peut pas aggraver la qualification retenue par l'employeur : si ce dernier a licencié pour cause réelle et sérieuse, le juge ne peut pas requalifier en faute grave. La lettre de licenciement fixe les limites du litige.
Faute grave, faute lourde, faute simple : le tableau comparatif
Le droit du travail distingue trois niveaux de gravité dans la faute disciplinaire. Ces qualifications, bien que non codifiées sous forme de définition légale explicite, structurent l'ensemble du contentieux prud'homal. Chaque niveau produit des effets distincts sur les indemnités versées au salarié.
L'enjeu pour l'employeur est majeur. Une qualification excessive (faute lourde au lieu de faute grave, faute grave au lieu de cause réelle et sérieuse) expose au risque de requalification par le juge et au paiement d'indemnités non versées. Pour le salarié, la qualification retenue détermine les sommes auxquelles il peut prétendre au moment de la rupture, ainsi que sa capacité à négocier une transaction.
Pour approfondir la notion de licenciement dans son ensemble, les différents types de licenciement reconnus en droit français sont présentés dans notre guide dédié.
La faute simple : insuffisance sans gravité particulière
Premier degré de l'échelle disciplinaire, la faute simple désigne un comportement fautif du salarié qui justifie une sanction disciplinaire (avertissement, mise à pied) mais pas un licenciement. Elle peut toutefois fonder un licenciement pour cause réelle et sérieuse sans atteindre le seuil de la faute grave.
Ce comportement ne rend pas impossible le maintien du salarié dans l'entreprise. Elle suppose un manquement aux obligations contractuelles ou aux règles internes, sans gravité particulière au regard des circonstances. Une seule faute simple ne peut pas, en principe, justifier un licenciement (selon la jurisprudence constante). L'employeur doit recourir à une sanction proportionnée, dans le respect du principe de proportionnalité qui gouverne le droit disciplinaire.
Toutefois, la répétition de fautes simples peut caractériser une cause réelle et sérieuse de licenciement. Les juges apprécient alors la persistance du comportement fautif malgré les sanctions antérieures.
La faute grave : impossibilité de maintien immédiat
Au deuxième niveau se situe la faute grave, définie par la violation des obligations contractuelles d'une intensité telle que le maintien du salarié devient immédiatement impossible.
Elle justifie une rupture sans préavis et prive le salarié des indemnités légales de licenciement et de préavis (art. L. 1234-9 et art. L. 1234-1). L'intention de nuire n'est pas exigée. Il suffit d'établir la matérialité des faits et leur gravité suffisante.
Sur le plan probatoire, l'employeur supporte intégralement la charge de la preuve. En cas de doute, il profite au salarié (art. L. 1235-1 du Code du travail). Cette règle, constante en jurisprudence sociale, incite les employeurs à constituer un dossier disciplinaire solide avant d'engager la procédure.
La faute lourde : intention de nuire à l'employeur
Degré le plus élevé de la faute disciplinaire, la faute lourde se définit comme un comportement fautif accompagné d'une intention de nuire à l'employeur. Cette intention désigne la volonté délibérée de causer un préjudice à l'entreprise ou à ses représentants.
Cette charge de la preuve incombe à l'employeur. Cette exigence rend la faute lourde plus rarement retenue par les juges que la faute grave. Les juridictions exigent des éléments caractérisant une intention malveillante, comme des actes de sabotage ou la divulgation délibérée de secrets de fabrication à un concurrent.
Les conséquences sont plus sévères que pour la faute grave. Le salarié perd l'indemnité compensatrice de congés payés, qu'il conserve en cas de faute grave. L'employeur peut aussi réclamer des dommages et intérêts pour le préjudice subi, au-delà de la rupture du contrat.
Exemples de fautes graves reconnus par les juges
La jurisprudence de la chambre sociale de la Cour de cassation a progressivement dégagé plusieurs catégories de comportements susceptibles de constituer une faute grave. Ces décisions n'ont pas vocation à constituer une liste figée. Elles illustrent les critères que les juges appliquent pour apprécier si le maintien du salarié était ou non impossible.
Pour chaque catégorie, le contexte joue un rôle déterminant. Le même comportement peut être qualifié de faute simple dans une entreprise et de faute grave dans une autre. Cette absence d'automaticité impose aux employeurs de motiver précisément la lettre de licenciement en explicitant pourquoi les faits rendaient impossible le maintien du salarié. Le détail des conséquences financières est exposé dans notre article sur les indemnités auxquelles le salarié peut prétendre après un licenciement pour faute grave.
Absences et abandons de poste
Absences injustifiées et abandons de poste figurent parmi les motifs de faute grave les plus fréquemment invoqués. En jurisprudence, la faute grave est retenue lorsque l'absence est répétée et prolongée, ou qu'elle désorganise gravement l'activité de l'entreprise.
Une absence isolée de courte durée ne constitue généralement pas une faute grave, sauf si le poste occupé est un poste de sécurité ou un poste dont la vacance met en danger des personnes ou des biens. En revanche, des absences répétées malgré des rappels à l'ordre écrits caractérisent une faute grave. Défini comme une absence prolongée et non justifiée après mise en demeure de reprendre le travail, l'abandon de poste est quasi-systématiquement qualifié de faute grave par les juges.
Un arrêt de la chambre sociale illustre cette logique : une salariée absente sans justification pendant plusieurs jours, ayant déjà fait l'objet de deux avertissements pour des absences antérieures, voit son licenciement pour faute grave confirmé. Sans ces antécédents, la qualification aurait pu être différente.
Violences, insubordination et comportements fautifs graves
Les violences physiques ou verbales sur le lieu de travail caractérisent une faute grave dès lors qu'elles sont établies. Un unique incident de violence physique, même une bousculade isolée, suffit à justifier la rupture immédiate du contrat, y compris pour un salarié sans antécédent disciplinaire.
L'insubordination suppose un refus clair et réitéré d'exécuter une tâche entrant dans les attributions contractuelles du salarié. Exprimé sous le coup de l'émotion ou dans un contexte conflictuel ponctuel, un refus isolé ne suffit pas à caractériser la faute grave. La jurisprudence exige un caractère délibéré et persistant. Le salarié doit avoir maintenu sa position après que l'employeur lui a rappelé ses obligations.
Les menaces proférées à l'encontre de l'employeur ou de collègues constituent également une faute grave. Les juges apprécient la crédibilité de la menace au regard de son contexte et de ses conséquences sur le climat de travail.
Manquements à la confidentialité et à la loyauté
Le vol commis dans l'entreprise justifie un licenciement pour faute grave, même pour des objets de faible valeur. La jurisprudence est constante sur ce point : le vol porte atteinte au lien de confiance indispensable à la relation de travail.
La divulgation d'informations confidentielles à des tiers ou à des concurrents constitue un manquement à l'obligation de loyauté inhérente au contrat de travail. Elle est retenue comme faute grave lorsque le salarié a transmis des secrets de fabrication ou des informations commerciales sensibles à un tiers non autorisé.
Créer une entreprise concurrente ou démarcher des clients pour son propre compte pendant l'exécution du contrat caractérise une violation de l'obligation de loyauté et justifie la qualification de faute grave. La jurisprudence distingue cette situation des simples actes préparatoires à une future activité concurrente, qui ne sont pas fautifs s'ils restent discrets et non préjudiciables.
Cas pratique : comment le contexte change tout
L'appréciation de la faute grave par le juge prud'homal est éminemment contextuelle. Pour le comprendre, deux scénarios concrets illustrent comment le même fait (une absence injustifiée de trois jours ouvrés) peut recevoir une qualification différente selon les circonstances.
Cette approche casuistique est au cœur du raisonnement judiciaire. Elle explique pourquoi les employeurs ne peuvent pas se contenter d'invoquer un motif abstrait tel qu'« absence injustifiée » sans préciser en quoi, compte tenu du contexte particulier, cette absence rendait le maintien du contrat impossible.
Scénario 1 : absence isolée sans antécédent disciplinaire
Un assistant administratif, employé depuis huit ans dans une PME de 30 salariés, ne se présente pas à son poste pendant trois jours consécutifs sans prévenir son employeur. Il n'a aucun antécédent disciplinaire. Son absence n'a pas désorganisé gravement le service : ses collègues ont pu absorber la charge de travail temporaire.
À son retour, il explique avoir traversé une situation personnelle difficile et présente des excuses. L'employeur le licencie pour faute grave.
Devant le conseil de prud'hommes, le juge requalifie probablement en cause réelle et sérieuse. L'absence était fautive, mais le contexte (absence d'antécédent disciplinaire, impact limité sur l'activité) ne rendait pas le maintien immédiat du salarié impossible. Le salarié conserve donc son indemnité de préavis et son indemnité légale de licenciement. Pour le calcul précis de cette indemnité, le calcul de l'indemnité légale de licenciement est détaillé dans notre fiche méthode.
Scénario 2 : même absence après deux avertissements écrits
Un agent de sécurité, employé depuis deux ans dans une entreprise de surveillance, s'absente trois jours sans justification. Son dossier disciplinaire comporte deux avertissements écrits pour absences injustifiées, délivrés respectivement six mois puis trois mois auparavant. Sa vacation n'a pas été assurée, contraignant l'employeur à déclencher une procédure d'astreinte en urgence.
L'employeur le licencie pour faute grave.
Ici, le juge confirme la qualification. Plusieurs éléments convergent. Les antécédents disciplinaires récents établissent une persistance fautive ; le poste de sécurité des biens rendait toute vacance particulièrement préjudiciable. La réitération exclut toute bonne foi invocable. Le salarié perd indemnité de préavis et indemnité de licenciement. Il conserve ses congés payés acquis et peut percevoir l'ARE, mais sa situation financière à la rupture est nettement moins favorable que dans le scénario précédent.
Comment prouver une faute grave ? Les règles de preuve et de procédure
L'établissement de la faute grave obéit à un régime probatoire exigeant. La charge de la preuve repose sur l'employeur, qui doit démontrer la matérialité et la gravité des faits reprochés. Le salarié n'a pas à prouver son innocence.
Cette répartition, posée par l'article L. 1235-1 du Code du travail, est renforcée par un principe jurisprudentiel constant : le doute profite au salarié. Sans éléments suffisamment probants, le licenciement est jugé sans cause réelle et sérieuse même quand le salarié n'apporte aucun élément contraire.
Au-delà de la preuve, la procédure disciplinaire est encadrée par des règles strictes dont la méconnaissance peut anéantir un licenciement pourtant fondé sur des faits réels.
Le respect de ces règles est d'autant plus crucial que la qualification de faute grave est fréquemment contestée devant les prud'hommes. L'employeur doit donc agir avec rigueur et sans délai.
La charge de la preuve : qui doit prouver quoi ?
En matière de licenciement disciplinaire, l'employeur supporte seul la charge de la preuve. Il doit établir les faits qu'il reproche au salarié par des éléments objectifs et vérifiables.
Cela signifie concrètement que l'employeur ne peut pas se contenter d'affirmations générales dans la lettre de licenciement. Il doit produire des preuves matérielles : courriels, rapports hiérarchiques circonstanciés, attestations de témoins, enregistrements conformes aux règles sur la preuve. Si un doute subsiste sur la réalité ou l'imputabilité des faits au salarié, il profite à ce dernier.
Cette règle s'applique avec une rigueur particulière en matière de faute grave. L'employeur qui ne parvient pas à démontrer la gravité suffisante des faits s'expose à une requalification en cause réelle et sérieuse, avec toutes les conséquences indemnitaires qui en découlent.
Les preuves admissibles devant les prud'hommes
L'employeur peut utiliser tout mode de preuve admissible en droit civil. Les témoignages écrits d'autres salariés sont recevables à condition d'être précis et de respecter les formes prévues par le Code de procédure civile : chaque attestation doit mentionner l'identité du témoin et les faits personnellement constatés.
Les rapports hiérarchiques et les échanges de courriels professionnels constituent également des preuves recevables. En revanche, les enregistrements de vidéosurveillance ne sont opposables au salarié que si le dispositif a été régulièrement déclaré auprès de la CNIL et porté à la connaissance des salariés. Une preuve obtenue de manière illicite ou déloyale est écartée par le juge.
⚠️ Attention : un dispositif de vidéosurveillance non déclaré ou caché rend la preuve irrecevable devant le conseil de prud'hommes. L'employeur risque de se retrouver sans élément probant alors que la faute est réelle.
La procédure disciplinaire préalable : étapes strictement obligatoires
La procédure disciplinaire comporte trois étapes successives et impératives. La convocation à l'entretien préalable doit être adressée par lettre recommandée ou en main propre, dans un délai minimal de cinq jours ouvrables avant l'entretien (art. L. 1332-2 du Code du travail). Elle doit mentionner l'objet de la réunion, à savoir le licenciement envisagé.
Lors de l'entretien, l'employeur expose les faits reprochés et recueille les explications du salarié. Ce dernier peut se faire assister par un membre du personnel ou, en l'absence d'institutions représentatives, par un conseiller extérieur. Aucune décision ne peut être notifiée avant le surlendemain.
La lettre de licenciement vient clôturer la procédure et fixe les limites du litige. Les faits qu'elle énonce doivent être précis et datés, suffisamment circonstanciés pour être vérifiables. Une lettre trop vague équivaut à une absence de motif, ce qui prive le licenciement de cause réelle et sérieuse.
L'erreur courante qui fait annuler un licenciement pour faute grave
Parmi les erreurs qui font tomber un licenciement pour faute grave, deux reviennent avec une régularité frappante dans le contentieux prud'homal. Première erreur : la méconnaissance du délai de prescription. Seconde erreur : une lettre de licenciement insuffisamment motivée.
Ces deux écueils sont d'autant plus redoutables qu'ils frappent des dossiers où la faute est matériellement établie. L'employeur dispose d'éléments probants, mais il les exploite trop tard ou les formule de manière trop imprécise. Le résultat est identique : le licenciement est privé d'effet disciplinaire et le salarié obtient des dommages et intérêts.
La prescription des faits fautifs : le délai de 2 mois
L'article L. 1332-4 du Code du travail dispose qu'aucun fait fautif ne peut donner lieu à lui seul à l'engagement de poursuites disciplinaires au-delà d'un délai de 2 mois à compter du jour où l'employeur en a eu connaissance. Ce délai est un délai de prescription strict.
« Connaissance » signifie connaissance exacte et complète des faits. L'employeur qui soupçonne une faute sans en connaître tous les éléments ne voit pas le délai courir. Mais dès qu'il dispose de l'ensemble des informations permettant de caractériser la faute, le délai de 2 mois commence à courir.
⚠️ Attention : un licenciement prononcé après l'expiration de ce délai est dépourvu de cause réelle et sérieuse, même si la faute est avérée et matériellement prouvée. L'employeur doit agir rapidement dès qu'il a pleinement connaissance des faits.
La lettre de licenciement vague : une cause de nullité fréquente
La lettre de licenciement fixe les limites du litige. Ce principe est constant en jurisprudence. Le juge ne peut examiner que les griefs énoncés dans la lettre. Si celle-ci se contente de formules générales comme « fautes graves » ou « manquements répétés » sans préciser les faits concrets ni leur imputabilité précise au salarié, le licenciement est réputé sans motif.
La Cour de cassation censure régulièrement des licenciements pour faute grave dont la lettre ne caractérisait pas suffisamment les faits. L'exigence de motivation n'est pas un simple formalisme. Elle conditionne l'exercice effectif des droits de la défense.
Une lettre efficace mentionne, pour chaque grief, la date précise des faits, leur description factuelle, le contexte dans lequel ils sont survenus et les conséquences qu'ils ont entraînées pour l'entreprise. Elle ne qualifie pas les faits en droit (c'est le juge qui le fera), mais elle les expose avec une précision suffisante pour permettre au salarié de s'en défendre.
Quelles indemnités en cas de licenciement pour faute grave ?
Le licenciement pour faute grave produit des conséquences financières immédiates et significatives pour le salarié. La rupture du contrat de travail intervient sans préavis. Le salarié cesse son activité dès la notification du licenciement.
Le salarié ne perçoit pas l'indemnité légale de licenciement prévue par l'article L. 1234-9 du Code du travail. Cette indemnité, calculée en fonction de l'ancienneté, représente un quart de mois de salaire par année d'ancienneté pour les dix premières années, puis un tiers au-delà. Il perd également l'indemnité compensatrice de préavis mentionnée à l'article L. 1234-1, correspondant à la rémunération qu'il aurait perçue s'il avait effectué son préavis.
Deux éléments sont cependant préservés. D'abord, l'indemnité compensatrice de congés payés : le salarié conserve le droit au paiement des congés acquis et non pris à la date de la rupture. Ensuite, l'allocation de retour à l'emploi (ARE) versée par France Travail : contrairement à une idée répandue, la faute grave ne prive pas le salarié du droit au chômage, sous réserve qu'il remplisse les conditions d'affiliation. Ces indemnités sont détaillées dans notre guide sur les indemnités auxquelles le salarié peut prétendre après un licenciement pour faute grave.
Fiche pratique
| Cadre légal | Articles L. 1234-1, L. 1234-9, L. 1331-1, L. 1332-4 du Code du travail |
| Délai de prescription des faits fautifs | 2 mois à compter de la connaissance exacte et complète des faits par l'employeur (art. L. 1332-4) |
| Juridiction compétente | Conseil de prud'hommes (section encadrement ou industrie selon le statut du salarié) |
| Indemnités conservées (faute grave) | Indemnité compensatrice de congés payés acquis + ARE (sous conditions) |
| Indemnités supprimées (faute grave) | Indemnité légale de licenciement + indemnité compensatrice de préavis |
| Différence clé faute grave / faute lourde | La faute lourde prive aussi des congés payés et peut engager la responsabilité civile du salarié |
| Sources officielles | service-public.fr (F2339, F1848) ; legifrance.gouv.fr ; courdecassation.fr |
Sources
Ces éléments sont d'ordre général et ne sauraient remplacer une consultation juridique. Pour un cas précis, adressez-vous à un avocat ou à un professionnel du droit.
Questions pratiques
Comment prouver une faute grave ?
La charge de la preuve repose sur l'employeur (art. L. 1232-6 du Code du travail). Il doit réunir des éléments objectifs et vérifiables : témoignages écrits, rapports hiérarchiques, échanges de courriels professionnels, enregistrements de vidéosurveillance (si le dispositif est déclaré à la CNIL et porté à la connaissance des salariés). Les faits doivent être précis, datés et matériellement vérifiables. Une accusation vague ou fondée sur de simples soupçons ne suffit pas devant le conseil de prud'hommes.
Comment savoir si c'est une faute grave ou simple licenciement ?
La distinction tient à l'impossibilité de maintenir le salarié dans l'entreprise, même pendant la durée du préavis. La faute simple justifie un licenciement pour cause réelle et sérieuse (le salarié perçoit ses indemnités de préavis et de licenciement). La faute grave rend ce maintien immédiatement impossible : le salarié est privé de ces indemnités, mais conserve ses congés payés acquis. C'est le juge prud'homal qui apprécie souverainement cette qualification, en fonction du contexte : poste occupé, antécédents disciplinaires, secteur d'activité.
Quels sont les différents types de fautes graves en droit du travail ?
La jurisprudence distingue plusieurs catégories : les absences injustifiées répétées ou abandons de poste, les actes de violence physique ou verbale, l'insubordination caractérisée (refus réitéré d'exécuter une tâche relevant du contrat), le vol dans l'entreprise, le harcèlement moral ou sexuel, la divulgation de secrets professionnels, la concurrence déloyale pendant l'exécution du contrat, et l'ivresse ou la consommation de stupéfiants sur le lieu de travail. Chaque situation est appréciée in concreto par le juge.
Quelles indemnités en cas de licenciement pour faute grave ?
Le salarié licencié pour faute grave ne perçoit ni l'indemnité légale de licenciement (art. L. 1234-9 du Code du travail), ni l'indemnité compensatrice de préavis (art. L. 1234-1). Il conserve en revanche l'indemnité compensatrice de congés payés acquis et non pris. Il peut également prétendre à l'allocation de retour à l'emploi (ARE) versée par France Travail, sous réserve de remplir les conditions d'ouverture de droits.
Est-ce qu'on touche le chômage après une faute grave ?
Oui. Contrairement à une idée reçue, le licenciement pour faute grave ouvre droit à l'allocation de retour à l'emploi (ARE) dans les mêmes conditions qu'un licenciement pour cause réelle et sérieuse. Le salarié doit justifier d'une durée d'affiliation suffisante et s'inscrire comme demandeur d'emploi auprès de France Travail. Seule la faute lourde ne modifie pas ce droit : l'ARE reste accessible quelle que soit la qualification de la faute.
Quel est le délai pour licencier pour faute grave ?
L'employeur dispose d'un délai de 2 mois à compter du jour où il a eu connaissance exacte et complète des faits fautifs pour engager la procédure disciplinaire (art. L. 1332-4 du Code du travail). Au-delà, les faits sont prescrits et ne peuvent plus fonder un licenciement disciplinaire. Ce délai est strict : un licenciement prononcé hors délai est privé de cause réelle et sérieuse, même si la faute est avérée.
Quelle est la différence entre faute grave et faute lourde ?
La faute lourde suppose une intention de nuire à l'employeur, c'est-à-dire la volonté délibérée de causer un préjudice à l'entreprise. La faute grave, elle, résulte d'une violation des obligations contractuelles rendant impossible le maintien du salarié, sans que l'intention malveillante soit exigée. Les conséquences diffèrent : en cas de faute lourde, le salarié perd également l'indemnité compensatrice de congés payés, ce qui n'est pas le cas pour la faute grave. La faute lourde peut aussi engager la responsabilité civile du salarié.
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