Aller au contenu principal
Droit Travail InfoDroit Travail Info
Contrat

CDI : tout comprendre sur le contrat de travail à durée indéterminée

CDI, contrat de travail à durée indéterminée : définition légale, mentions obligatoires, période d'essai, avantages et modes de rupture. Guide pratique

Charlotte BoyerCharlotte Boyer 19 min de lecture
Contrat de travail (CDI, CDD, ...)اجي تفهم أنواع عقود العمل في المغرب

Le CDI, contrat de travail à durée indéterminée, est la forme normale et générale de la relation de travail en France. Il s'oppose aux contrats d'exception que sont le CDD ou l'intérim, auxquels l'employeur ne peut recourir que dans des cas limitativement énumérés par la loi. Pourtant, nombre de salariés découvrent après leur embauche des clauses restrictives glissées entre deux paragraphes, ou ignorent qu'un CDI à temps plein peut parfaitement exister sans signature écrite. Ce guide détaille ce que le Code du travail impose réellement à l'employeur et les droits concrets qui en découlent.

Comparatif en un coup d'œil

Cliquez sur un en-tête de colonne pour trier.

StatutNatureDuréePériode d'essai maxIndemnité de finRupture
CDIContrat de droit communIndéterminée2 à 8 mois selon catégorie professionnelleAucune (hors indemnités de rupture)Démission, licenciement, rupture conventionnelle, retraite
CDDContrat d'exception (motif précis requis)18 à 24 mois maximum (selon motif)1 jour par semaine (2 semaines max pour CDD ≤ 6 mois)Prime de précarité : 10 % des salaires brutsÀ l'échéance du terme (sauf faute grave, accord ou CDI)

Qu'est-ce qu'un CDI ? Définition et statut de contrat de droit commun

Un contrat à durée indéterminée est, par essence, un contrat de travail conclu sans limitation de durée. Le Code du travail en fait le contrat de référence : l'article L1221-2 énonce que « le contrat de travail à durée indéterminée est la forme normale et générale de la relation de travail ».

Cette qualification de « contrat de droit commun » a une conséquence juridique majeure. L'employeur ne peut recourir à un CDD ou à l'intérim que dans des hypothèses précises, limitativement énumérées aux articles L1242-1 et L1242-2 du Code du travail : remplacement d'un salarié absent, accroissement temporaire d'activité, emploi saisonnier ou contrat à objet défini. À défaut de motif valable, le contrat peut être requalifié en CDI par le conseil de prud'hommes.

Le CDI peut être conclu à temps plein ou à temps partiel. La distinction n'est pas anecdotique : un CDI à temps partiel DOIT être écrit et comporter des mentions obligatoires supplémentaires (répartition des horaires, possibilité d'heures complémentaires, etc.), sous peine d'être présumé à temps plein. Cette exigence de formalisme protège le salarié contre des variations d'horaires imposées sans cadre contractuel.

Selon la direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares, 2025), le CDI reste largement majoritaire dans les flux d'embauche, même si la part des CDD courts a augmenté ces dernières années. La stabilité qu'il confère : absence de date butoir, continuité de la rémunération : en fait le support privilégié des projets professionnels et personnels de long terme.

Le CDI, contrat de référence en droit du travail français

Le principe de primauté du CDI repose sur une logique protectrice : garantir au salarié une stabilité d'emploi. L'article L1242-1 du Code du travail rappelle qu'un CDD « ne peut avoir ni pour objet ni pour effet de pourvoir durablement un emploi lié à l'activité normale et permanente de l'entreprise ».

Concrètement, cela signifie que tout poste correspondant à l'activité habituelle de l'entreprise doit être occupé par un salarié en CDI. L'employeur qui contourne cette règle s'expose à une requalification du contrat : avec des conséquences financières lourdes, notamment le versement d'une indemnité de requalification d'au moins un mois de salaire (art. L1245-2 du Code du travail).

CDI à temps plein vs CDI à temps partiel : quelles différences ?

Un CDI à temps plein correspond à la durée légale de 35 heures par semaine ou à la durée conventionnelle applicable dans l'entreprise. Il peut être verbal : aucun écrit n'est exigé par la loi, même si la pratique et la prudence commandent de formaliser l'engagement.

Un CDI à temps partiel obéit à un régime plus strict. L'article L3123-6 du Code du travail impose un contrat écrit mentionnant obligatoirement la qualification du salarié, la rémunération, la durée hebdomadaire ou mensuelle de travail, la répartition des horaires entre les jours de la semaine ou les semaines du mois, et les modalités de modification éventuelle de cette répartition. L'absence de ces mentions fait présumer un emploi à temps plein : une sanction lourde pour l'employeur.

Contenu obligatoire d'un CDI : ce que l'employeur doit mentionner

Contrairement à une idée répandue, le Code du travail n'impose pas de liste exhaustive de mentions obligatoires pour un CDI à temps plein. L'article L1221-1 dispose simplement que le contrat de travail est « soumis aux règles du droit commun » et qu'« il peut être constaté dans les formes qu'il convient aux parties contractantes d'adopter ».

En pratique, l'employeur a tout intérêt à rédiger un écrit. Sans contrat signé, c'est le salarié qui bénéficie de la présomption la plus favorable : contrat à durée indéterminée, à temps plein, sans clause restrictive. L'employeur, lui, perd toute possibilité de prouver l'existence d'une période d'essai, d'une clause de non-concurrence ou d'une convention de forfait.

La directive européenne 2019/1152 du 20 juin 2019, transposée en droit français, a renforcé l'obligation d'information du salarié sur les éléments essentiels de sa relation de travail. Désormais, l'employeur doit communiquer par écrit : pas nécessairement dans le contrat lui-même : des informations telles que l'identité des parties, le lieu de travail, la date d'embauche, la durée du travail et la rémunération. Un modèle de contrat de travail conforme permet d'anticiper ces exigences et de sécuriser la relation.

Les conventions collectives demeurent la source principale de mentions obligatoires additionnelles. Certaines imposent, par exemple, la référence expresse à la convention applicable, le coefficient hiérarchique ou la durée de la période d'essai conventionnelle. Ne pas les mentionner expose l'employeur à un risque contentieux.

Mentions obligatoires selon le Code du travail

Pour un CDI à temps plein, aucune liste légale de mentions obligatoires n'est fixée. Toutefois, les informations suivantes doivent être portées à la connaissance du salarié par écrit dans les sept jours calendaires suivant l'embauche (directive 2019/1152) :

  • Identité des parties : nom, adresse de l'employeur et du salarié
  • Lieu de travail : adresse du ou des lieux d'exécution du contrat
  • Date d'embauche et, le cas échéant, durée de la période d'essai
  • Rémunération : salaire de base, primes, périodicité de versement
  • Durée du travail : horaire de référence, statut temps plein ou temps partiel
  • Convention collective applicable : intitulé et référence

Pour un CDI à temps partiel, s'ajoutent la répartition des horaires entre les jours de la semaine ou les semaines du mois et les modalités de communication des horaires de travail.

Clauses facultatives : ce que l'employeur peut (ou ne peut pas) ajouter

Au-delà des informations essentielles, l'employeur peut insérer des clauses particulières dans le CDI. Leur validité dépend du respect de conditions strictes fixées par la jurisprudence :

  • Clause de non-concurrence : interdire au salarié, après la rupture, d'exercer une activité concurrente. Valide uniquement si elle est limitée dans le temps et l'espace, proportionnée à l'activité du salarié, et assortie d'une contrepartie financière (selon la jurisprudence constante de la Cour de cassation).
  • Clause de mobilité : prévoir que le salarié pourra être affecté à un autre lieu de travail. Doit être précise quant à la zone géographique concernée.
  • Clause d'exclusivité : interdire toute autre activité professionnelle. N'est licite que si elle est indispensable à la protection des intérêts légitimes de l'entreprise et proportionnée au but recherché.
  • Clause de dédit-formation : prévoir le remboursement des frais de formation en cas de départ prématuré. Encadrée strictement par la loi (art. L6321-1 du Code du travail).

CDI verbal ou écrit : ce que dit vraiment la loi

Un CDI à temps plein peut être conclu verbalement. L'écrit n'est pas une condition de validité. Cette situation, fréquente dans les très petites entreprises, place le salarié dans une position juridique ambivalente.

D'un côté, l'absence d'écrit fait présumer un contrat à durée indéterminée et à temps plein : une protection de fait. De l'autre, elle complique la preuve des clauses convenues : montant exact du salaire, existence d'une période d'essai, avantages en nature. En cas de litige, le salarié devra prouver la teneur de ses obligations par tout moyen (bulletins de paie, témoignages, échanges de courriels). La déclaration préalable à l'embauche (DPAE) auprès de l'URSSAF constitue un indice fort de l'existence du contrat, mais n'en précise pas les termes.

Période d'essai dans un CDI : durées légales et renouvellement

La période d'essai permet à l'employeur d'évaluer les compétences du salarié et à ce dernier de juger si le poste lui convient. Elle n'est ni automatique ni obligatoire : elle doit être expressément prévue dans le contrat de travail ou la lettre d'engagement. Sans clause écrite, il n'y a pas de période d'essai : l'employeur ne peut rompre le contrat sans motif.

Les plafonds légaux sont fixés par les articles L1221-19 à L1221-25 du Code du travail. Ils varient selon la catégorie professionnelle du salarié. Une convention collective ou un accord de branche peut prévoir des durées plus courtes, mais jamais plus longues que les maxima légaux. Le décompte précis de la période d'essai peut être vérifié avec un simulateur de calcul de période d'essai CDI.

Pendant l'essai, chaque partie peut rompre le contrat librement, sans obligation de motivation : mais en respectant un délai de prévenance. Celui-ci est de 24 heures pour une présence inférieure à 8 jours, 48 heures entre 8 jours et 1 mois, 2 semaines après 1 mois et 1 mois après 3 mois de présence.

Durées maximales par catégorie professionnelle

Les plafonds légaux, renouvellement compris, s'établissent ainsi :

  • Ouvriers et employés : 2 mois initialement, portés à 4 mois maximum après renouvellement
  • Agents de maîtrise et techniciens : 3 mois initialement, portés à 6 mois maximum après renouvellement
  • Cadres : 4 mois initialement, portés à 8 mois maximum après renouvellement

Le renouvellement n'est possible que si un accord de branche étendu le prévoit expressément. Le contrat de travail ou la lettre d'engagement doit également le mentionner de façon claire et non équivoque. Pour un calcul précis selon sa situation, le guide sur la durée de la période d'essai en CDI détaille les règles applicables.

Renouvellement de la période d'essai : conditions strictes

Le renouvellement n'est pas un droit automatique de l'employeur. Trois conditions cumulatives doivent être réunies :

  1. Un accord de branche étendu doit expressément autoriser le renouvellement.
  2. Le contrat de travail ou la lettre d'engagement doit stipuler la possibilité de renouvellement.
  3. Le salarié doit donner son accord exprès au moment du renouvellement : l'employeur ne peut pas l'imposer unilatéralement.

L'employeur qui renouvelle la période d'essai sans respecter ces conditions s'expose à ce que la rupture soit requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse, avec les indemnités afférentes.

Rupture pendant la période d'essai : préavis et indemnités

Pendant la période d'essai, la rupture est discrétionnaire : aucune motivation n'est exigée. Elle ne constitue ni un licenciement ni une démission. Le salarié ne perçoit pas d'indemnité de licenciement, mais peut prétendre à l'assurance chômage si les conditions d'ouverture de droits sont remplies.

Le délai de prévenance à respecter est proportionnel à la durée de présence : 24 heures (moins de 8 jours), 48 heures (8 jours à 1 mois), 2 semaines (1 à 3 mois), 1 mois (au-delà de 3 mois). L'employeur qui ne respecte pas ce délai doit verser une indemnité compensatrice correspondant au salaire qu'aurait perçu le salarié pendant la période de prévenance non exécutée.

CDD ou CDI : avantages et différences pour le salarié

La question « CDD ou CDI, lequel est le mieux ? » revient fréquemment. La réponse dépend du projet professionnel, mais le droit français tranche : le CDI est le contrat de référence, le CDD l'exception. Cette hiérarchie juridique se double d'avantages concrets pour le salarié en CDI.

La stabilité est l'atout majeur. Un salarié en CDI peut présenter un bulletin de salaire sans date de fin à son banquier pour un prêt immobilier. Il peut se projeter dans un bail locatif sans que le propriétaire doute de la pérennité de ses revenus. Il cotise pour sa retraite de façon continue, sans interruption entre deux contrats.

Sur le plan indemnitaire, la rupture d'un CDI à l'initiative de l'employeur ouvre droit à une indemnité légale de licenciement : 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à 10 ans, 1/3 au-delà : et à l'assurance chômage sans condition de durée minimale de contrat (contrairement au CDD où la fin de contrat est en principe couverte, mais avec des règles de calcul d'indemnisation différentes). Le CDD, lui, ouvre droit à une indemnité de précarité de 10 % du salaire brut total à son terme, sauf exceptions (CDD saisonnier, contrat étudiant, refus d'un CDI proposé au terme du CDD).

Avantages du CDI pour le salarié

  • Stabilité d'emploi : pas de date de fin prévue, continuité de la rémunération et des cotisations sociales
  • Accès au crédit et au logement : les banques et bailleurs exigent quasi systématiquement un CDI hors période d'essai
  • Protection contre la rupture : l'employeur doit justifier d'une cause réelle et sérieuse pour licencier (art. L1232-1 du Code du travail)
  • Indemnité de licenciement : au minimum égale à 1/4 de mois par année d'ancienneté (art. L1234-9 du Code du travail)
  • Ancienneté continue : prise en compte pour la retraite, l'évolution salariale et les droits conventionnels

Inconvénients du CDI : contraintes méconnues

Le CDI comporte aussi des contraintes qu'il serait malhonnête de passer sous silence :

  • Préavis de démission plus long : généralement 1 à 3 mois selon la convention collective, contre 48 heures à 2 semaines pour un CDD (rupture anticipée)
  • Clauses restrictives : non-concurrence, mobilité ou exclusivité s'imposent parfois au-delà de la rupture, avec des pénalités en cas de violation
  • Difficulté à cumuler plusieurs activités : la clause d'exclusivité, si elle figure au contrat, interdit toute autre activité professionnelle sans accord de l'employeur
  • Salaire de base parfois inférieur : certaines entreprises pratiquent un salaire plus élevé en CDD pour compenser la précarité, même si l'indemnité de précarité de 10 % compense partiellement cet écart

Requalification d'un CDD en CDI : scénario pratique

Prenons un cas concret. Madame L. est employée comme assistante administrative dans une PME. Elle enchaîne trois CDD de 6 mois chacun, tous motivés par un « accroissement temporaire d'activité ». Au total, 18 mois de présence sur le même poste.

Son employeur lui propose un quatrième CDD. Madame L. saisit le conseil de prud'hommes pour demander la requalification en CDI. L'article L1245-1 du Code du travail prévoit que tout contrat de travail conclu en méconnaissance des règles sur le CDD est réputé à durée indéterminée.

Les juges constatent que le poste correspond à l'activité normale et permanente de l'entreprise. L'« accroissement temporaire » allégué n'est pas établi. La requalification est prononcée. Conséquences : Madame L. obtient une indemnité de requalification d'au moins un mois de salaire (art. L1245-2), son ancienneté est rétablie à 18 mois, et la rupture éventuelle de son contrat (devenu CDI) sera soumise aux règles du licenciement.

Ce scénario illustre une réalité fréquente : l'employeur qui abuse des CDD pour pourvoir un emploi durable s'expose à une requalification aux effets rétroactifs.

Piège : signer un CDI sans lire les clauses particulières

L'enthousiasme de l'embauche fait parfois négliger la lecture attentive du contrat. Or, certaines clauses insérées dans un CDI survivent à la rupture et peuvent entraver sérieusement la liberté professionnelle du salarié pendant des mois, voire des années.

La clause de non-concurrence illustre ce risque. Elle interdit au salarié, après son départ, de travailler pour une entreprise concurrente ou de créer une activité dans le même secteur. Validée par la jurisprudence, elle n'est licite que si elle est limitée dans le temps et l'espace, proportionnée, et assortie d'une contrepartie financière. L'erreur classique : le salarié démissionne, ignore l'existence de cette clause, rejoint un concurrent et se voit assigné en justice pour violation : avec à la clé des dommages et intérêts parfois considérables.

Quant à l'absence totale de contrat signé, elle expose le salarié à un vide probatoire. Sans écrit, comment prouver un salaire convenu supérieur au SMIC ? Comment démontrer l'existence d'une convention de forfait jours ? En cas de litige, c'est le bulletin de paie et la DPAE qui serviront de preuve : deux documents qui ne précisent ni les clauses particulières, ni les avantages négociés. Le guide complet du droit du travail rappelle utilement les principes de preuve applicables.

Clause de non-concurrence : engagement souvent sous-estimé

La clause de non-concurrence doit respecter des conditions cumulatives strictes pour être valide. Selon la jurisprudence constante de la Cour de cassation, elle doit :

  • Être indispensable à la protection des intérêts légitimes de l'entreprise
  • Être limitée dans le temps et dans l'espace
  • Tenir compte des spécificités de l'emploi du salarié
  • Comporter une contrepartie financière, versée après la rupture

Une clause qui ne respecte pas ces conditions est nulle. Le salarié peut alors la contester devant le conseil de prud'hommes, même après avoir signé le contrat. La contrepartie financière, souvent un pourcentage du salaire, ne se négocie pas au moment de la rupture : elle doit figurer dans le contrat initial.

Travailler sans contrat signé : quels risques réels ?

L'absence d'écrit expose le salarié à plusieurs difficultés pratiques :

  • Preuve du salaire convenu : seul le bulletin de paie atteste du montant versé, pas nécessairement du montant négocié à l'oral
  • Absence de période d'essai : sans clause écrite, la période d'essai est inexistante. L'employeur qui rompt le contrat sans motif pendant les premiers mois commet un licenciement sans cause réelle et sérieuse.
  • Impossibilité de prouver les clauses protectrices : avantages en nature, jours de télétravail, primes : tout ce qui n'apparaît pas sur le bulletin de paie est difficile à établir en justice

Un salarié sans contrat écrit peut exiger de son employeur la remise d'un document écrit dans les 48 heures. Si l'employeur refuse, le salarié dispose d'un faisceau d'indices : bulletins de paie, DPAE, courriels : pour faire valoir ses droits.

Comment prend fin un CDI ? Les modes de rupture du contrat de travail

Un CDI peut prendre fin de plusieurs manières, chacune emportant des conséquences distinctes sur les droits du salarié. Les trois modes principaux sont la démission (initiative du salarié), le licenciement (initiative de l'employeur) et la rupture conventionnelle (accord des deux parties). La retraite, la force majeure ou le décès du salarié constituent des causes de rupture plus rares.

Le choix du mode de rupture conditionne l'accès aux allocations chômage, le montant des indemnités perçues et le respect de formalités spécifiques. Une démission, par exemple, n'ouvre en principe pas droit à l'assurance chômage, sauf exceptions (démission pour suivi de conjoint, création d'entreprise après 5 ans d'activité, etc.). Un licenciement, sous réserve de respecter la procédure, ouvre droit aux indemnités légales et à l'ARE. La rupture conventionnelle cumule les avantages : indemnité spécifique (au moins égale à l'indemnité légale de licenciement) et couverture chômage.

Pour une analyse détaillée des procédures de rupture à l'initiative de l'employeur, le guide sur la rupture du contrat de travail par l'employeur fournit les étapes et les délais applicables.

Démission : préavis et conséquences

La démission est un acte unilatéral par lequel le salarié manifeste clairement sa volonté de rompre le contrat. Aucun formalisme n'est imposé par la loi, mais un écrit (lettre recommandée ou remise en main propre) est indispensable pour fixer le point de départ du préavis.

La durée du préavis de démission en CDI dépend de la convention collective applicable et, à défaut, des usages de la profession. Elle est généralement de 1 mois pour les ouvriers et employés, 2 à 3 mois pour les cadres. Le guide sur le préavis de démission en CDI détaille les durées par secteur et les conditions de dispense.

Le salarié démissionnaire ne perçoit ni indemnité de licenciement, ni indemnité de précarité. L'ouverture des droits au chômage n'est possible que dans les cas de démission dite « légitime » (art. L5422-1 du Code du travail et accords d'application de l'Unédic).

Licenciement : procédure et indemnités légales

Le licenciement est la rupture du CDI à l'initiative de l'employeur. Il obéit à une procédure stricte : convocation à un entretien préalable, notification écrite et motivée, respect d'un préavis. L'employeur doit justifier d'une cause réelle et sérieuse : insuffisance professionnelle, faute, motif économique.

L'indemnité légale de licenciement est fixée par l'article L1234-9 du Code du travail : 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté pour les 10 premières années, 1/3 de mois par année au-delà. Les conventions collectives prévoient souvent des montants supérieurs. En cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse, le barème d'indemnisation dit « barème Macron » fixe des planchers et plafonds selon l'ancienneté et la taille de l'entreprise.

Le salarié licencié bénéficie de l'assurance chômage, sous réserve de remplir les conditions d'ouverture de droits (durée d'affiliation minimale).

Rupture conventionnelle : la voie négociée

La rupture conventionnelle individuelle, créée en 2008, permet à l'employeur et au salarié de convenir ensemble des conditions de la séparation. Elle repose sur un double consentement et une procédure d'homologation par la Dreets (Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités).

L'indemnité de rupture conventionnelle ne peut être inférieure à l'indemnité légale de licenciement. Elle est exonérée de cotisations sociales dans la limite de deux fois le plafond annuel de la Sécurité sociale, et d'impôt sur le revenu jusqu'à six fois ce plafond ou le montant de l'indemnité légale, selon le plus favorable au salarié.

Elle ouvre droit à l'assurance chômage, ce qui en fait une voie attractive comparée à la démission. Les démarches après signature de la rupture conventionnelle font l'objet d'un guide dédié.

Points clés

  • Le CDI est le contrat de droit commun : l'employeur doit y recourir par défaut, sauf motif précis de recours au CDD (art. L1242-1 du Code du travail).
  • Un CDI à temps plein peut être verbal ; l'absence d'écrit crée une présomption de contrat à durée indéterminée et à temps plein.
  • La période d'essai est plafonnée à 2, 3 ou 4 mois selon la catégorie professionnelle, renouvelable une fois uniquement si un accord collectif le prévoit.
  • La démission, le licenciement et la rupture conventionnelle sont les trois principaux modes de rupture du CDI, chacun avec ses droits et obligations.
  • Lire les clauses particulières (non-concurrence, mobilité, exclusivité) avant de signer est indispensable : elles survivent parfois à la rupture du contrat.

Sources

Fiche pratique

Articles de loi applicablesArt. L1221-2 (définition du CDI), Art. L1221-21 à L1221-23 (période d'essai), Art. L1245-1 (requalification CDD en CDI), Art. L1231-1 (modes de rupture), Art. L1471-1 (prescription)
Période d'essai maximaleOuvriers/employés : 2 à 4 mois : Agents de maîtrise/techniciens : 3 à 6 mois : Cadres : 4 à 8 mois
Indemnité de requalificationAu moins 1 mois de salaire (Art. L1245-1 du Code du travail)
Juridiction compétenteConseil de prud'hommes
Délai de prescription (rupture)12 mois à compter de la notification de la rupture (Art. L1471-1)
Contact officielservice-public.fr : inspection du travail (DREETS)

Ces éléments sont d'ordre général et ne sauraient remplacer une consultation juridique. Pour un cas précis, adressez-vous à un avocat ou à un professionnel du droit.

Questions pratiques

Quel est l'avantage d'avoir un CDI ?

Le CDI offre une stabilité d'emploi sans date de fin prévue, ce qui facilite l'accès au crédit bancaire et au logement locatif. En cas de rupture à l'initiative de l'employeur, le salarié bénéficie d'indemnités de licenciement (art. L1234-9 du Code du travail) et d'une couverture par l'assurance chômage, contrairement à certaines situations de fin de CDD.

Est-ce légal de travailler sans avoir signé son contrat de travail ?

Oui, pour un CDI à temps plein, le contrat peut être verbal : l'absence de signature ne le rend pas illégal (art. L1221-1 du Code du travail). En revanche, l'employeur doit remettre un écrit dans les 48 heures si le salarié le demande. Sans écrit, le contrat est présumé à durée indéterminée et à temps plein, ce qui peut poser problème en cas de litige sur les clauses convenues.

Est-il obligatoire de signer un CDI après 3 CDD ?

Non, il n'existe pas d'obligation automatique de signer un CDI après trois CDD successifs. En revanche, si l'employeur dépasse la durée maximale ou le nombre de renouvellements autorisés pour un CDD, ou si le contrat ne respecte pas les cas de recours légaux, le salarié peut demander la requalification en CDI devant le conseil de prud'hommes (art. L1245-1 du Code du travail).

Quel contrat est mieux, CDD ou CDI ?

Le CDI est généralement plus protecteur pour le salarié : il garantit une relation de travail stable, des droits sociaux complets et une meilleure situation vis-à-vis des banques. Le CDD n'est légal que pour des motifs précis (remplacement, accroissement temporaire d'activité, emploi saisonnier) et ouvre droit à une indemnité de précarité de 10 % du salaire brut à son terme. Pour un projet professionnel durable, le CDI reste le contrat de référence.