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Lettre rupture conventionnelle souffrance au travail
Rupture

Lettre de rupture conventionnelle pour souffrance au travail : modèle et pièges

Rédigez votre lettre de rupture conventionnelle pour souffrance au travail grâce à notre modèle 2026, conseils juridiques et erreurs à éviter absolument.

Charlotte BoyerCharlotte Boyer 20 min de lecture
La rupture conventionnelle | Web série droit du travail

La lettre de demande de rupture conventionnelle pour souffrance au travail doit rester sobre : son seul objet juridique est d'ouvrir une négociation avec l'employeur (articles L.1237-11 à L.1237-16 du Code du travail). Ne mentionnez ni griefs, ni diagnostics médicaux, ni qualifications juridiques (harcèlement, manquement à l'obligation de sécurité). Une formulation neutre protège votre position et maximise les chances d'un accord ; trop en dire peut faire capoter la procédure ou fragiliser la validité de la rupture.

Une lettre de rupture conventionnelle pour souffrance au travail doit rester factuelle et mesurée : son seul objectif est d'ouvrir une négociation en commun accord avec l'employeur, sans détailler les griefs qui motivent votre départ. Trop en dire peut affaiblir votre position en cas de contestation ultérieure devant les prud'hommes. Voici un modèle à jour en 2026, les pièges de rédaction à connaître, et les décisions de cours d'appel récentes qui éclairent les risques d'une formulation mal calibrée.

Comparatif en un coup d'œil

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SituationSituationFormulation recommandée dans la lettreMentions à éviterRisque juridique associé
Burn-out / épuisement professionnelBurn-out / épuisement professionnel« Mon état de santé actuel ne me permet plus d'exercer mes fonctions dans des conditions sereines. Je souhaite engager une procédure de rupture conventionnelle afin de convenir ensemble des modalités de mon départ. »Détailler le diagnostic médical, accuser l'employeur de surcharge de travail, qualifier la situation de 'burn-out', mentionner un lien causal explicite entre travail et pathologie.Si la lettre impute la dégradation de santé à l'employeur, celui-ci peut craindre une action ultérieure en manquement à l'obligation de sécurité (art. L.4121-1) et refuser la négociation. Les propos peuvent aussi servir de fondement à une contestation du consentement libre.
Harcèlement moralHarcèlement moral« Les conditions actuelles d'exercice de mes fonctions rendent impossible la poursuite de notre collaboration dans un climat de confiance. Je vous propose d'ouvrir une négociation en vue d'une rupture conventionnelle. »Qualifier juridiquement les faits ('harcèlement moral au sens de l'article L.1152-1'), nommer des collègues ou supérieurs, décrire des agissements précis, évoquer une action prud'homale future.Une lettre dénonçant un harcèlement moral peut être interprétée comme un acte préparatoire à un contentieux. L'employeur peut refuser la rupture conventionnelle, et le salarié perd l'opportunité d'une sortie négociée tout en s'exposant à des représailles.
Mésentente / conflitMésentente / conflit« L'évolution de notre relation professionnelle ne permet plus d'envisager une collaboration durable. Je sollicite l'ouverture d'une procédure de rupture conventionnelle afin d'organiser mon départ dans un cadre apaisé. »Énumérer les conflits, citer des échanges d'emails litigieux, accuser nommément un responsable, employer des termes comme 'impossible', 'toxique' ou 'insupportable'.Une lettre trop détaillée sur les griefs peut signaler un vice du consentement en cas de contentieux ultérieur. La jurisprudence (Cass. soc.) annule une rupture conventionnelle si elle intervient dans un contexte de pressions avérées.
Raison personnelle / reconversionRaison personnelle / reconversion« Pour des raisons personnelles, je souhaite réorienter ma carrière et vous propose d'étudier ensemble les conditions d'une rupture conventionnelle de mon contrat de travail. »Préciser le motif familial exact (divorce, déménagement pour raison de santé d'un proche) : inutile et peut affaiblir la position de négociation. Ne pas critiquer l'entreprise pour justifier un départ qui est, en réalité, un choix de vie.Faible. L'essentiel est de ne pas créer d'ambiguïté sur la nature volontaire et libre de la demande. Si la lettre laisse entendre une contrainte externe qui 'oblige' le salarié à partir, le consentement pourrait être ultérieurement contesté.

Ce que la lettre de rupture conventionnelle doit (et ne doit pas) contenir

La lettre que vous adressez à votre employeur pour demander une rupture conventionnelle n'est ni une lettre de démission, ni une prise d'acte, ni un courrier de doléances. Elle remplit une fonction unique : manifester votre volonté d'engager une négociation en vue d'un commun accord sur les conditions de votre départ.

Juridiquement, cette lettre ouvre la voie à la procédure encadrée par les articles L.1237-11 à L.1237-16 du Code du travail. Elle déclenche la possibilité d'un ou plusieurs entretiens, puis la rédaction d'une convention de rupture soumise à homologation par la DREETS.

Contrairement à une idée répandue, ce courrier n'a pas à exposer les raisons de votre souhait de partir. La rupture conventionnelle est un mode de rupture autonome qui se définit précisément par l'absence de motif imposé. Le législateur a voulu une procédure souple, fondée sur la liberté contractuelle des parties.

📌 Important : Cette lettre n'est prévue par aucun texte. Elle relève de la pratique. Son contenu dépend entièrement de votre stratégie et du contexte.

Le seul objectif juridique de cette lettre

La demande écrite poursuit un objectif simple et unique : formaliser votre souhait d'entamer une procédure de rupture conventionnelle. Rien de plus. Elle n'a pas à convaincre, à démontrer ou à justifier.

En pratique, ce courrier sert trois fonctions : il date précisément votre démarche (utile en cas de contentieux futur sur l'initiative de la rupture), il oblige l'employeur à prendre position, et il constitue le point de départ d'un échange encadré. La Cour d'appel de Dijon (9 avril 2026, RG n°24/00269) rappelle que l'employeur conserve le droit de refuser la demande : la lettre ne crée aucune obligation d'accepter.

La formulation recommandée est donc neutre, courtoise et brève : « Je souhaite engager avec vous une procédure de rupture conventionnelle… » suffit amplement. Une phrase de contexte sur votre ancienneté ou votre poste peut être ajoutée, sans plus.

Pour comprendre les principes fondamentaux, consultez notre article sur la rupture conventionnelle : définition et procédure 2026.

Ce qu'il ne faut surtout pas mentionner dans la lettre

Le piège le plus courant consiste à vouloir « expliquer » sa souffrance dans la lettre. Mentionner un burn-out, un harcèlement moral, une dégradation des conditions de travail ou une dépression dans ce courrier présente un risque réel.

D'abord, ces termes relèvent de qualifications juridiques que seul un juge peut retenir. En les employant, vous fixez par écrit une version des faits que l'employeur pourra exploiter contre vous. Ensuite, une lettre détaillant des griefs peut être interprétée comme la preuve d'un consentement vicié : pression, contrainte : fragilisant l'homologation elle-même.

Ne mentionnez pas non plus : le nom de personnes impliquées, des diagnostics médicaux, des dates d'arrêt maladie, des reproches formulés par votre hiérarchie, ni des références à une procédure judiciaire future. Ces éléments appartiennent à d'autres écrits (courrier à la médecine du travail, signalement aux RH, plainte pénale) et n'ont pas leur place dans une demande de rupture amiable.

Le Village de la Justice (21 août 2019) rappelle un principe fondamental : « la rupture conventionnelle ne peut être imposée par l'une ou l'autre des parties ». Une lettre qui donnerait l'impression d'une pression ou d'un ultimatum dessert la procédure.

Modèle de lettre de demande de rupture conventionnelle pour souffrance au travail

Le modèle ci-dessous respecte les principes exposés plus haut : neutralité, brièveté, absence de griefs. Il peut être envoyé en lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) ou remis en main propre contre décharge. Adaptez les mentions entre crochets à votre situation.

💡 À noter : Conservez toujours une copie datée et signée de votre courrier ainsi que l'accusé de réception. Ces documents peuvent devenir déterminants si la rupture est ultérieurement contestée.

Modèle de lettre :

[Prénom Nom] [Adresse] [Téléphone] [Email]

[Nom de l'employeur / Société] [Adresse de l'employeur]

À l'attention de [Nom du destinataire : DRH, directeur…]

Objet : Demande de rupture conventionnelle du contrat de travail

[Lieu], le [Date]

[Madame/Monsieur],

Salarié(e) de [nom de l'entreprise] depuis le [date d'entrée], occupant le poste de [intitulé du poste], je souhaite par la présente engager avec vous une procédure de rupture conventionnelle de mon contrat de travail à durée indéterminée, conformément aux articles L.1237-11 et suivants du Code du travail.

Je suis disponible pour convenir d'un premier entretien à la date qui vous conviendra, afin d'examiner ensemble les conditions de cette rupture d'un commun accord.

Dans l'attente de votre retour, je vous prie d'agréer, [Madame/Monsieur], l'expression de mes salutations distinguées.

[Signature]

Ce modèle tient en une dizaine de lignes. Il ne mentionne ni l'état de santé, ni les motifs personnels, ni les difficultés rencontrées. La négociation sur les indemnités et les conditions de départ se déroulera lors des entretiens, pas dans ce courrier.

Structure de la lettre (objet, corps, formule de politesse)

Une lettre efficace comporte quatre éléments, dans cet ordre :

  • Objet : « Demande de rupture conventionnelle du contrat de travail » : précis, neutre, identifiable immédiatement par le destinataire.
  • Corps : une à deux phrases exprimant votre volonté d'ouvrir la négociation, avec mention de votre poste et ancienneté. Référence aux articles L.1237-11 et suivants du Code du travail recommandée mais non obligatoire.
  • Disponibilité : une phrase indiquant votre souhait de fixer un premier entretien. Cela montre votre bonne foi et votre démarche constructive.
  • Formule de politesse : classique, sobre. « Salutations distinguées » ou « respectueuses » : évitez les formules trop familières.

La mention de votre ancienneté et de votre poste ne vise pas à « justifier » quoi que ce soit. Elle permet simplement au service RH d'identifier rapidement votre dossier et de préparer l'entretien.

Variante : demande de rupture conventionnelle pour raison de santé ou arrêt maladie

Lorsque votre demande est motivée par un arrêt maladie, une dépression ou un épuisement professionnel, la tentation est forte de le mentionner. Résistez-y.

Voici une variante qui reste factuelle tout en signalant implicitement que votre situation personnelle a évolué :

Salarié(e) de [entreprise] depuis le [date], occupant le poste de [poste], je souhaite par la présente engager avec vous une procédure de rupture conventionnelle de mon contrat de travail à durée indéterminée, conformément aux articles L.1237-11 et suivants du Code du travail.

Ma situation personnelle ayant évolué, je considère qu'une rupture d'un commun accord constituerait la solution la plus respectueuse de nos intérêts respectifs.

Cette formulation (« ma situation personnelle ayant évolué ») est volontairement vague. Elle ne qualifie rien médicalement, n'impute rien à l'employeur, et ne crée aucun écrit susceptible d'être retourné contre vous. Pour approfondir la procédure complète après l'envoi de la lettre, consultez notre guide complet sur la rupture conventionnelle pour souffrance au travail.

Il est crucial de bien calculer la rupture conventionnelle 2026 pour anticiper les indemnités.

Tableau comparatif des formulations selon votre situation

Le contexte dans lequel vous demandez une rupture conventionnelle influence la formulation de votre lettre. Le tableau ci-dessous compare quatre situations courantes et identifie pour chacune la tournure recommandée, les mentions à proscrire et le risque juridique associé.

⚠️ Attention : Ce tableau est indicatif. Chaque situation individuelle mérite l'avis d'un avocat avant l'envoi de la lettre.

Peut-on demander une rupture conventionnelle en arrêt maladie ou en burn-out ?

Un salarié en arrêt maladie ordinaire peut parfaitement demander une rupture conventionnelle. La loi ne l'interdit pas, et la jurisprudence récente le confirme.

La Cour d'appel de Riom (17 février 2026, RG n°22/02234) a examiné la situation d'une salariée placée en arrêt de travail pour syndrome anxieux du 14 novembre au 12 décembre 2019, à qui l'employeur avait proposé une rupture conventionnelle. Cette décision illustre que l'arrêt maladie pour motif psychologique ne fait pas obstacle à la procédure.

La Cour d'appel de Paris (22 janvier 2026, RG n°23/00752) a débouté un salarié de sa demande de nullité de la rupture conventionnelle, rappelant que la convention homologuée par la DREETS bénéficie d'une présomption de validité.

Deux conditions restent toutefois essentielles : votre consentement doit être libre et éclairé, et l'employeur doit accepter d'entrer en négociation. Comme le rappelle la Cour d'appel de Dijon (9 avril 2026, RG n°24/00269), l'employeur peut refuser : une salariée avait formulé sa demande le 18 juin 2021, refusée par l'employeur le 24 juin 2021.

En pratique, rester en arrêt maladie pendant la négociation peut vous protéger : vous n'êtes pas exposé aux pressions du quotidien professionnel et vous disposez du temps nécessaire pour évaluer les propositions de l'employeur.

Arrêt maladie ordinaire : la rupture conventionnelle reste possible

La jurisprudence précitée (Riom, 17 février 2026) confirme la validité de principe de la rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie ordinaire. Votre arrêt pour syndrome anxieux, dépression ou épuisement professionnel ne suspend pas votre capacité à négocier.

La suspension du contrat de travail pour maladie n'éteint pas le lien contractuel. Vous restez salarié de l'entreprise, avec tous les droits attachés à cette qualité, y compris celui de solliciter une rupture amiable.

Un point de vigilance : si votre arrêt est prolongé et que l'employeur tarde à répondre, la procédure peut s'étirer. La DREETS n'impose aucun délai entre la demande initiale et la signature de la convention. Pour connaître les étapes dans l'ordre, notre procédure de rupture conventionnelle en 2026 détaille chaque phase.

Accident du travail ou maladie professionnelle : une protection renforcée

La situation est différente lorsque l'arrêt de travail résulte d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle (AT/MP).

Dans ce cas, la rupture conventionnelle demeure juridiquement possible. Mais la DREETS exerce un contrôle renforcé sur le consentement du salarié. L'administration vérifie que la rupture n'intervient pas dans un contexte où le salarié, fragilisé, accepterait des conditions défavorables pour échapper à une situation de souffrance.

La loi du 8 août 2016 (article L.1237-16) prévoit en outre que la rupture conventionnelle d'un salarié victime d'AT/MP n'est possible que si celui-ci n'a pas été déclaré inapte. Dès lors qu'une inaptitude est prononcée par le médecin du travail, la rupture conventionnelle est exclue.

Si vous êtes en arrêt AT/MP, prenez conseil auprès d'un avocat avant toute démarche. Les enjeux d'indemnisation et de protection sociale sont trop élevés pour improviser.

Cas pratique : scénario chiffré d'une rupture conventionnelle après burn-out

Voici un scénario concret pour illustrer la chronologie et les montants en jeu. Il ne constitue pas une promesse de résultat mais un ordre de grandeur réaliste.

Profil : Julie, cadre marketing, 38 ans, 6 ans d'ancienneté dans une PME de 90 salariés. Salaire brut mensuel : 3 400 €. En arrêt maladie depuis 3 mois pour épuisement professionnel. Elle souhaite quitter l'entreprise sans démissionner et sans contentieux.

Elle envoie sa lettre de demande de rupture conventionnelle en LRAR le 5 septembre 2026. L'employeur accepte le principe et propose un premier entretien le 22 septembre. Deux entretiens suffisent à s'accorder sur les conditions de départ, notamment une indemnité de rupture de 9 500 € bruts (supérieure au minimum légal). La convention est signée le 10 octobre.

Le délai de rétractation de 15 jours calendaires court jusqu'au 25 octobre. Sans rétractation, le dossier est transmis à la DREETS. L'homologation intervient le 18 novembre (15 jours ouvrés). Le contrat prend fin à cette date. Julie peut s'inscrire à France Travail et percevoir l'ARE après un différé d'indemnisation de 7 jours.

Ce scénario permet de mieux visualiser le déroulement de la procédure, y compris les indemnités pour rupture conventionnelle qui vous sont dues.

Ce scénario montre une procédure aboutie en environ 10 semaines entre la lettre et la rupture effective. Dans les faits, les délais varient selon la réactivité de l'employeur et la charge de la DREETS.

Chronologie type : de la lettre à l'homologation

La chronologie type, une fois la lettre envoyée, suit ces étapes :

  1. Envoi de la demande (LRAR ou remise contre décharge) : date de référence.
  2. Réponse de l'employeur : aucun délai légal, mais en pratique quelques jours à 3 semaines.
  3. Premier entretien : l'employeur peut vous y faire assister (art. L.1237-12).
  4. Négociation : un ou plusieurs entretiens selon la complexité de l'accord.
  5. Signature de la convention : document CERFA ou convention sur papier libre, précisant le montant de l'indemnité et la date de rupture envisagée.
  6. Délai de rétractation : 15 jours calendaires (art. L.1237-13). Chaque partie peut se rétracter par LRAR.
  7. Envoi à la DREETS pour homologation (15 jours ouvrés, art. L.1237-14).
  8. Homologation : silence de l'administration au-delà de 15 jours ouvrés équivaut à une homologation implicite.

Le délai total entre la lettre et la rupture effective se situe généralement entre 6 et 12 semaines.

Par ailleurs, il est important de noter les changements clés de la rupture conventionnelle en 2026 qui pourraient impacter ces délais.

Indemnité minimale légale : comment l'estimer avant de négocier

L'indemnité de rupture conventionnelle ne peut pas être inférieure à l'indemnité légale de licenciement (art. L.1237-19 du Code du travail). Pour Julie, le calcul est le suivant :

  • Ancienneté : 6 ans complets.
  • Formule : 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à 10 ans.
  • Salaire de référence : 3 400 € brut (moyenne des 12 derniers mois ou des 3 derniers mois, au plus favorable).
  • Minimum légal : 3 400 € × 1/4 × 6 = 5 100 € brut.

Dans le scénario, l'employeur accepte 9 500 €, soit près de 1,9 fois le minimum légal. Ce supplément est négociable : il dépend du contexte, de la volonté de l'employeur d'aboutir rapidement, et de votre capacité à argumenter sans agressivité.

Le Village de la Justice (10 août 2023) confirme que le salarié est en droit de percevoir une indemnité au moins égale à l'indemnité légale de licenciement. Utilisez notre calculateur d'indemnité de rupture conventionnelle pour estimer votre minimum avant la négociation.

L'erreur qui peut faire annuler votre rupture conventionnelle

L'erreur la plus lourde de conséquences consiste à transformer la lettre de demande en un réquisitoire contre l'employeur. Ce piège, fréquent en pratique, peut entraîner l'annulation de la rupture conventionnelle ou sa requalification en prise d'acte.

La Cour d'appel de Rennes (22 janvier 2026, RG n°22/01515) a examiné une rupture conventionnelle contestée dans un contexte de cadre communication. L'arrêt illustre la fragilité d'une convention lorsque le consentement du salarié est sérieusement mis en doute.

Si votre lettre mentionne des faits de harcèlement moral, des manquements à l'obligation de sécurité, ou des pressions subies, l'employeur peut l'utiliser comme preuve que vous n'avez pas consenti librement : ce qui ouvre la voie à une action en nullité. Pire : un juge pourrait requalifier votre démarche en prise d'acte, avec les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse si les griefs sont fondés… ou d'une démission s'ils ne le sont pas.

Le principe est limpide : la lettre de demande de rupture conventionnelle n'est pas le support pour dénoncer des faits. Si vous estimez subir un harcèlement ou une violation grave de vos droits, consultez un avocat avant toute initiative écrite. Selon le contexte, la prise d'acte, la résiliation judiciaire ou la saisine du CSE peuvent être des voies plus adaptées.

Consentement vicié : quand la rupture conventionnelle peut être annulée

La nullité de la rupture conventionnelle est encourue lorsque le consentement d'une partie a été vicié. L'article L.1237-11 le rappelle : la convention est conclue « d'un commun accord ». Violence morale, pressions, harcèlement ayant contraint le salarié à accepter : tous ces éléments peuvent fonder une annulation.

La Cour d'appel de Paris (22 janvier 2026, RG n°23/00752) a débouté un salarié de sa demande de nullité, confirmant que l'homologation DREETS crée une présomption de validité difficile à renverser. Mais cette présomption cède si le salarié apporte la preuve d'un vice du consentement.

Le Village de la Justice (18 décembre 2025) souligne l'importance du consentement libre et éclairé dans la négociation des indemnités en cas de souffrance au travail. Une lettre initiale trop chargée émotionnellement peut fragiliser ce consentement.

Prise d'acte vs rupture conventionnelle : ne pas confondre les deux voies

La prise d'acte et la rupture conventionnelle sont deux voies distinctes, avec des conséquences radicalement différentes. Les confondre dans une même lettre est une erreur dirimante.

La prise d'acte consiste à rompre le contrat de manière unilatérale en imputant à l'employeur des manquements suffisamment graves. Elle produit les effets d'un licenciement sans cause si les griefs sont fondés, ou d'une démission s'ils ne le sont pas. La Cour d'appel de Versailles (RG n°24/01217) illustre une prise d'acte libellée ainsi : « Les faits suivant me contraignent à vous notifier la présente prise d'acte… » : formulation à ne jamais reproduire dans une demande de rupture conventionnelle.

La rupture conventionnelle, elle, repose sur le commun accord. Elle ouvre droit aux allocations chômage, contrairement à la démission. Pour un comparatif détaillé entre les deux modes de rupture, lisez notre analyse licenciement ou rupture conventionnelle.

Comment bien formuler une demande de rupture conventionnelle : checklist avant envoi

Avant de poster votre courrier, passez en revue cette checklist. Sept vérifications simples qui sécurisent votre démarche.

  • Contrat CDI : la rupture conventionnelle ne s'applique qu'au contrat à durée indéterminée. Vérifiez la nature de votre contrat.
  • Pas de procédure collective en cours : si votre entreprise est en redressement ou liquidation judiciaire, les règles sont différentes.
  • Accident du travail / maladie professionnelle : si vous êtes en arrêt AT/MP, prenez impérativement conseil avant d'envoyer quoi que ce soit.
  • Forme du courrier : lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) ou remise en main propre contre décharge datée et signée. L'email ne constitue pas une preuve solide en cas de litige.
  • Double du courrier : conservez une copie intégrale (date, signature, contenu) + l'avis de réception postal.
  • Neutre et bref : relisez-vous en vous demandant si un juge, lisant cette lettre dans 18 mois, y verrait un consentement libre ou un cri de détresse.
  • Disponibilité mentionnée : une phrase indiquant que vous êtes ouvert à un entretien montre votre bonne foi et votre démarche constructive.

Ces précautions ne garantissent pas que l'employeur acceptera. Mais elles garantissent que vous n'aurez pas fragilisé votre position par un écrit maladroit. Si vous souhaitez un modèle de lettre plus générique, notre exemple de lettre de rupture conventionnelle couvre d'autres situations.

Points clés

  • La lettre de demande de rupture conventionnelle est une invitation à négocier, pas un acte de procédure : n'y mentionnez ni griefs, ni reproches, ni qualification juridique de votre situation.
  • La rupture conventionnelle reste possible pendant un arrêt maladie ordinaire, mais l'employeur n'est jamais obligé d'accepter la demande.
  • L'indemnité de rupture conventionnelle ne peut pas être inférieure à l'indemnité légale de licenciement (art. L.1237-19 du Code du travail).
  • Une lettre trop détaillée sur vos souffrances peut servir de preuve contre vous si la validité de votre consentement est contestée.
  • La procédure prévoit un délai de rétractation de 15 jours calendaires après signature, puis une homologation par la DREETS sous 15 jours ouvrés.

Sources

Fiche pratique

Articles de loi de référenceL.1237-11 à L.1237-16 du Code du travail (rupture conventionnelle), L.1237-19 (indemnité spécifique minimale), L.4121-1 (obligation de sécurité de l'employeur), L.1226-14 (indemnité en cas d'AT/MP)
Délais clés15 jours calendaires de rétractation après signature de la convention, 15 jours ouvrés pour l'homologation par la DREETS (le silence vaut acceptation), délai de prescription de 12 mois pour contester la validité de la convention (art. L.1471-1)
Indemnité minimaleAu moins égale à l'indemnité légale de licenciement : 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à 10 ans, 1/3 au-delà (art. L.1237-19)
Organisme compétentDREETS (Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités) : homologation de la convention
Juridiction compétente en cas de litigeConseil de prud'hommes
Envoi de la lettreLettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) ou remise en main propre contre décharge

Ces éléments sont d'ordre général et ne sauraient remplacer une consultation juridique. Pour un cas précis, adressez-vous à un avocat ou à un professionnel du droit.

Questions pratiques

Est-il possible de demander une rupture conventionnelle pour souffrance au travail ?

Oui, la rupture conventionnelle est juridiquement possible même en cas de souffrance au travail. Elle repose sur les articles L.1237-11 à L.1237-16 du Code du travail et exige le commun accord des deux parties. La Cour d'appel de Riom (17 février 2026, RG n°22/02234) illustre qu'un salarié en arrêt pour syndrome anxieux peut se voir proposer une rupture conventionnelle. Attention : l'employeur n'est jamais tenu d'accepter la demande.

Comment rédiger une lettre pour expliquer une situation difficile au travail ?

La lettre de demande de rupture conventionnelle doit rester factuelle et brève. Mentionnez uniquement votre souhait d'ouvrir une négociation en commun accord, sans détailler vos griefs ni qualifier juridiquement votre situation (harcèlement, burn-out). Une lettre trop détaillée peut fragiliser votre position en cas de contentieux ultérieur. Le modèle fourni dans cet article suit ce principe et peut être adapté à votre situation personnelle.

Puis-je demander une rupture conventionnelle pour raison de santé ?

Oui, vous pouvez demander une rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie ordinaire. La Cour d'appel de Paris (22 janvier 2026, RG n°23/00752) a débouté une demande de nullité, confirmant la présomption de validité de la procédure homologuée. En revanche, si votre arrêt relève d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle, la rupture conventionnelle reste possible mais fait l'objet d'un contrôle renforcé par la DREETS.

Comment bien formuler une demande de rupture conventionnelle ?

Formulez votre demande de manière neutre et professionnelle. Indiquez clairement votre volonté d'engager une procédure de rupture conventionnelle en commun accord, sans exprimer de reproches ni de griefs. Datez et signez la lettre, envoyez-la en LRAR, conservez-en une copie. Mentionnez votre disponibilité pour un premier entretien. Le corps de la lettre peut tenir en 5 à 8 lignes : l'essentiel est d'ouvrir la négociation, pas de plaider votre cause.