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Accident du travail et rupture conventionnelle : vos droits
Rupture

Accident du travail et rupture conventionnelle : vos droits, les pièges

Accident du travail et rupture conventionnelle : est-ce possible ? Quels droits, quelles indemnités, quels pièges ? Guide juridique complet 2026 avec cas

Charlotte BoyerCharlotte Boyer 21 min de lecture
La rupture conventionnelle | Web série droit du travail

Une rupture conventionnelle est légalement possible pendant un accident du travail. L’article L.1226-9 du Code du travail interdit uniquement le licenciement unilatéral (sauf faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat), pas la rupture d’un commun accord. La Cour de cassation le confirme depuis 2014 : seule condition, le consentement du salarié doit être libre et éclairé, sans pression de l’employeur.

Une rupture conventionnelle peut être signée pendant un accident du travail. C'est légal, la Cour de cassation l'a confirmé à plusieurs reprises, et l'article L.1226-9 du Code du travail ne l'interdit pas. Mais cette voie, séduisante en apparence, cache deux réalités que beaucoup découvrent trop tard : la pression patronale peut vicier votre consentement et rendre la rupture annulable, et vos indemnités journalières CPAM ne s'arrêtent pas avec le contrat : elles suivent leur propre logique médicale. Ce guide détaille les conditions de validité, le calcul de l'indemnité, l'impact sur votre indemnisation et les pièges concrets à éviter.

En bref

  • Une rupture conventionnelle est juridiquement possible pendant un arrêt pour accident du travail, contrairement au licenciement qui est strictement encadré par l'article L.1226-9 du Code du travail.
  • Le consentement libre et éclairé du salarié est la condition centrale de validité : toute pression de l'employeur constitue un vice du consentement pouvant entraîner l'annulation de la rupture aux prud'hommes.
  • L'indemnité de rupture conventionnelle doit être au moins égale à l'indemnité légale ou conventionnelle de licenciement (Dalloz, juillet 2025), même pendant un arrêt AT.
  • Les indemnités journalières AT/MP versées par la CPAM se poursuivent après la rupture tant que l'arrêt de travail reste médicalement justifié, dans la limite de quatre ans (décret n°2026-501 du 12 juin 2026).
  • En cas de burn-out, dépression ou harcèlement à l'origine de l'AT, le risque d'annulation pour vice du consentement est accru : un avocat devient indispensable avant toute signature.

Rupture conventionnelle pendant un accident du travail : ce que permet vraiment la loi

La réponse est claire : oui, une rupture conventionnelle peut être conclue pendant la suspension du contrat de travail consécutive à un accident du travail. Ce mode de rupture est légalement distinct du licenciement, et la protection instaurée par l'article L.1226-9 du Code du travail ne s'applique qu'à la rupture unilatérale décidée par l'employeur.

La rupture conventionnelle, définie aux articles L.1237-11 et suivants du Code du travail, repose sur un accord mutuel entre employeur et salarié. Elle ne constitue pas une rupture imposée par l'une des parties. C'est cette nature consensuelle qui lui permet d'être valablement conclue même pendant les périodes de suspension du contrat de travail.

Cette distinction est fondamentale en pratique. Un employeur ne peut pas vous licencier pendant votre arrêt AT, sauf à prouver une faute grave de votre part ou une impossibilité absolue de maintenir votre contrat pour un motif étranger à l'accident. En revanche, il peut parfaitement vous proposer une rupture conventionnelle : et vous pouvez tout aussi bien être à l'initiative de cette demande.

Ce que dit l'article L.1226-9 du Code du travail

L'article L.1226-9 du Code du travail dispose : « Au cours des périodes de suspension du contrat de travail, l'employeur ne peut rompre ce dernier que s'il justifie soit d'une faute grave de l'intéressé, soit de son impossibilité de maintenir ce contrat pour un motif étranger à l'accident ou à la maladie. »

Ce texte vise exclusivement la rupture à l'initiative de l'employeur : c'est-à-dire le licenciement. Il ne mentionne ni n'interdit la rupture conventionnelle, qui repose sur le consentement mutuel des parties.

La protection édictée par L.1226-9 est puissante pour le licenciement : l'employeur doit démontrer une faute grave (et non une simple cause réelle et sérieuse) ou une impossibilité de maintenir le contrat non liée à l'accident. Toute autre forme de licenciement prononcée pendant la suspension AT est nulle. Mais cette protection ne s'étend pas à la rupture conventionnelle, précisément parce que le salarié y consent.

La position constante de la Cour de cassation

La Cour de cassation a tranché sans ambiguïté. Dans un arrêt du 30 septembre 2014 (n°13-16.297), elle a jugé que la suspension du contrat liée à un accident du travail ne fait pas obstacle à une rupture conventionnelle. Cette position est constante depuis lors.

Plus récemment, la chambre sociale a rappelé ce principe dans un arrêt du 11 mars 2026 (n°24-21.886), confirmant que la rupture conventionnelle reste possible pendant un arrêt AT, sauf fraude ou vice du consentement. Le juge vérifie que le salarié n'a pas subi de pression et que son accord était libre et éclairé.

Ainsi, connaître la rupture conventionnelle : définition et procédure 2026 est essentiel pour faire valoir vos droits.

En pratique, cette jurisprudence signifie que vous n'êtes pas prisonnier de votre contrat pendant un arrêt AT. Vous pouvez négocier votre départ dans des conditions favorables, à condition de garder la main sur la décision finale.

Les conditions indispensables pour que la rupture conventionnelle soit valable

La validité d'une rupture conventionnelle conclue pendant un accident du travail repose sur trois piliers : un consentement libre et non vicié, le respect scrupuleux de la procédure légale, et l'homologation par l'administration. Aucun de ces trois éléments ne souffre d'approximation.

L'employeur qui initie la démarche doit le faire sans pression. Le salarié qui accepte doit le faire en pleine connaissance de ses droits. La DREETS, en homologuant la convention, vérifie la régularité formelle de la procédure mais n'a pas le pouvoir d'apprécier la réalité du consentement : cette mission revient au juge prud'homal en cas de contentieux ultérieur.

Pour sécuriser votre rupture, suivez la procédure de rupture conventionnelle étape par étape et ne négligez aucune formalité.

Consentement libre : la condition centrale

C'est la condition la plus surveillée par les juges. Le consentement doit être libre, c'est-à-dire exempt de toute pression, menace ou manœuvre de l'employeur visant à forcer la signature. Il doit aussi être éclairé : le salarié doit comprendre la portée de son accord, notamment le montant de l'indemnité, la date de rupture et les conséquences sur ses droits.

Un salarié en arrêt AT est par définition vulnérable. La jurisprudence examine avec une attention particulière les circonstances entourant la signature : l'employeur a-t-il laissé entendre qu'un refus entraînerait un licenciement déguisé ? A-t-il convoqué le salarié blessé à un entretien sans lui laisser le temps de consulter un conseil ?

⚠️ Attention : un consentement vicié (pression, menace, dol) rend la rupture annulable. L'action en nullité se porte devant le conseil de prud'hommes, et si elle aboutit, la rupture est réputée n'avoir jamais existé : le salarié peut obtenir sa réintégration ou des dommages-intérêts.

La procédure à respecter étape par étape

La procédure comporte quatre étapes incontournables, identiques que le salarié soit en arrêt AT ou non :

  • Un ou plusieurs entretiens entre employeur et salarié. Le salarié peut se faire assister par une personne de son choix appartenant au personnel de l'entreprise ou, en l'absence d'institutions représentatives, par un conseiller du salarié (art. L.1237-12).

  • La rédaction et la signature de la convention de rupture, qui fixe notamment la date de rupture envisagée et le montant de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle.

  • Le délai de rétractation de 15 jours calendaires (art. L.1237-13). Chaque partie peut se rétracter par courrier recommandé avec accusé de réception ou par remise en main propre contre décharge. Ce délai court à compter du lendemain de la signature.

  • La demande d'homologation à la DREETS, qui ne peut être adressée qu'à l'expiration du délai de rétractation. Le formulaire Cerfa n°14598*01 doit être utilisé. La date de rupture ne peut intervenir avant le lendemain de l'homologation (art. L.1237-14).

Le rôle de la DREETS dans l'homologation

La DREETS dispose de 15 jours ouvrables à compter de la réception de la demande complète pour instruire le dossier et notifier sa décision (art. L.1237-14). Passé ce délai, le silence de l'administration vaut homologation implicite.

La DREETS contrôle la régularité formelle : présence des signatures, respect du délai de rétractation, montant minimal de l'indemnité, mention de la date de rupture. Elle ne dispose pas du pouvoir d'apprécier le caractère libre du consentement ni l'absence de vice : ce contrôle relève du juge judiciaire.

📌 Important : une homologation obtenue n'empêche pas une contestation ultérieure devant les prud'hommes pour vice du consentement. L'homologation administrative ne « purifie » pas la convention de ses vices éventuels.

Indemnité rupture conventionnelle accident du travail : calcul et montant

L'indemnité spécifique de rupture conventionnelle obéit à une règle impérative : elle ne peut être inférieure à l'indemnité légale de licenciement (art. L.1237-13 du Code du travail), ni à l'indemnité conventionnelle de licenciement si celle-ci est plus favorable au salarié.

Cette règle vaut pleinement pour une rupture conclue pendant un arrêt accident du travail. Le fait d'être en suspension de contrat ne minore en rien le montant minimal dû. Pour calculer le montant de votre indemnité de rupture conventionnelle, vous devez retenir le salaire brut que vous auriez perçu si vous aviez travaillé, et non le montant des indemnités journalières.

La convention collective applicable peut prévoir une indemnité conventionnelle de licenciement supérieure à l'indemnité légale. Si c'est le cas, c'est ce montant plus favorable qui s'impose comme plancher de la rupture conventionnelle.

Pour estimer le montant de votre indemnité, un simulateur de rupture conventionnelle peut vous être d'une grande aide.

Comment calculer l'indemnité minimale de rupture conventionnelle

L'indemnité légale de licenciement se calcule en deux tranches d'ancienneté :

  • Pour les 10 premières années : 1/4 de mois de salaire brut par année d'ancienneté.
  • Au-delà de 10 ans : 1/3 de mois de salaire brut par année d'ancienneté supplémentaire.

Les années incomplètes sont proratisées : chaque mois complet d'ancienneté compte pour 1/12ᵉ du taux annuel. Le salaire de référence pris en compte est le plus favorable entre la moyenne des 12 derniers mois (hors périodes d'arrêt si elles ont réduit la rémunération) et la moyenne des 3 derniers mois.

Pour un salarié en arrêt AT, le salaire de référence doit être reconstitué sur la base de la rémunération qu'il aurait perçue en travaillant normalement. Les IJ CPAM ne remplacent pas le salaire pour ce calcul. Si votre convention collective prévoit une formule plus avantageuse (par exemple 1/2 mois par année dès 5 ans d'ancienneté), c'est elle qui s'applique.

Indemnité de rupture conventionnelle vs indemnité légale de licenciement

Sur le montant minimal, l'indemnité de rupture conventionnelle et l'indemnité légale de licenciement sont identiques. Mais deux différences majeures les distinguent en pratique :

  • Possibilité de négociation : l'indemnité de rupture conventionnelle peut être négociée au-delà du minimum légal. L'employeur et le salarié sont libres de convenir d'un montant supérieur. En licenciement, seule l'indemnité légale ou conventionnelle est due, sans marge de discussion (sauf transaction après licenciement).

  • Régime social et fiscal : l'indemnité de rupture conventionnelle bénéficie du même régime d'exonération que l'indemnité de licenciement. Elle est exonérée de cotisations sociales dans la limite de 2 PASS (96 120 € en 2026) et d'impôt sur le revenu dans la limite de 6 PASS (288 360 €) ou du montant le plus élevé entre l'indemnité légale, 50 % de l'indemnité perçue, ou 2 fois la rémunération brute annuelle, plafonné à 6 PASS.

Exemple chiffré : salarié en arrêt AT avec 5 ans d'ancienneté

Prenons un cas concret. Marc, technicien de maintenance, 5 ans d'ancienneté, salaire brut mensuel de 2 400 €. Il est en arrêt accident du travail depuis 3 mois lorsque son employeur lui propose une rupture conventionnelle.

Calcul de l'indemnité minimale : 2 400 € × 1/4 × 5 = 3 000 €. C'est le plancher légal que l'employeur doit au minimum proposer. Marc peut négocier davantage.

Salaire de référence : bien que Marc perçoive des IJ CPAM pendant son arrêt, son salaire de référence reste 2 400 € (le salaire qu'il percevait avant l'accident), et non le montant des IJ. L'employeur ne peut pas arguer que Marc « ne travaille pas » pour réduire l'indemnité.

Négociation possible : Marc sait que son employeur souhaite réorganiser le service. Il peut demander 4 mois de salaire (9 600 €) au lieu des 3 000 € légaux. La convention collective de la métallurgie, si elle lui est applicable, pourrait prévoir un plancher conventionnel supérieur : à vérifier avant de signer.

Impact sur vos indemnités journalières et votre indemnisation CPAM

Un point crucial, souvent mal compris : les indemnités journalières versées par la CPAM au titre de l'accident du travail ou de la maladie professionnelle ne s'interrompent pas automatiquement à la date de rupture du contrat de travail.

La logique est simple : les IJ AT/MP sont liées à l'état de santé du salarié, pas à l'existence du contrat de travail. Tant que votre médecin traitant juge votre arrêt de travail médicalement justifié et prolonge vos arrêts, la CPAM continue de vous indemniser : même après la rupture.

Le décret n°2026-501 du 12 juin 2026 fixe à quatre ans la durée maximale de versement des indemnités journalières. Cette limite s'applique de manière globale, sans distinction selon que le contrat est rompu ou non.

Les indemnités journalières AT continuent-elles après la rupture ?

La rupture conventionnelle ne met pas fin aux indemnités journalières AT/MP. Le versement se poursuit tant que deux conditions sont réunies :

  • L'arrêt de travail est médicalement prescrit par votre médecin traitant, qui renouvelle les certificats d'arrêt de travail.
  • La durée totale d'indemnisation n'a pas atteint quatre ans (décret n°2026-501 du 12 juin 2026, applicable depuis le 1ᵉʳ juillet 2026).

En pratique, vous continuez à percevoir vos IJ CPAM au taux AT (plus favorable que le taux maladie simple : 60 % du salaire journalier de base pendant les 28 premiers jours, puis 80 % à compter du 29ᵉ jour), indépendamment de la signature de la rupture conventionnelle. Cette continuité est confirmée par les forums officiels de l'Assurance Maladie (ameli.fr, mai 2025).

💡 À noter : si votre état de santé s'améliore et que votre médecin met fin à l'arrêt de travail, les IJ s'arrêtent : même si la date de rupture du contrat n'est pas encore intervenue. L'inverse est également vrai : les IJ peuvent se prolonger bien au-delà de la rupture si votre état le justifie.

Ce que change la rupture conventionnelle sur votre indemnisation globale

Ce qu'il faut distinguer avec soin :

  • Les IJ CPAM (AT/MP) : elles continuent après la rupture tant que l'arrêt est médicalement justifié, dans la limite de quatre ans. Elles sont versées directement par la caisse d'assurance maladie.

  • Le maintien de salaire par l'employeur (prévoyance conventionnelle ou art. L.1226-1) : il cesse à la date de rupture du contrat. L'employeur n'a plus d'obligation de complément de salaire une fois le contrat rompu.

  • La rente AT/MP : si votre accident laisse des séquelles donnant droit à une rente d'incapacité permanente (taux ≥ 10 %), cette rente est versée par la CPAM indépendamment de la rupture du contrat. Elle est viagère (en cas de taux ≥ 50 %) ou versée en capital (taux < 10 %).

  • Les droits au chômage : vous pouvez vous inscrire à France Travail dès le lendemain de la rupture. Mais si vous êtes toujours en arrêt de travail et médicalement inapte à rechercher un emploi, vous ne remplissez pas la condition de disponibilité pour percevoir l'ARE. L'allocation chômage sera versée une fois votre arrêt terminé et votre inscription comme demandeur d'emploi effective.

Les pièges à éviter lors d'une rupture conventionnelle après un accident du travail

La période d'arrêt AT fragilise le salarié. Physiquement diminué, financièrement dépendant des IJ, il est en position de faiblesse face à un employeur qui peut instrumentaliser cette vulnérabilité. Trois pièges reviennent avec une fréquence inquiétante devant les conseils de prud'hommes.

Avant de vous engager, comparez aussi les avantages respectifs du licenciement ou rupture conventionnelle : comment choisir. Selon votre situation, l'une ou l'autre voie peut être plus protectrice.

Signer sous pression : un consentement vicié annule tout

Le scénario classique : l'employeur convoque le salarié en arrêt AT à un « entretien informel ». Il lui explique que « la situation est compliquée », que « le poste ne peut pas rester vacant indéfiniment », et qu'une rupture conventionnelle « arrangerait tout le monde ». Le salarié, fragilisé et craignant un licenciement ultérieur, signe.

Ce type de pression caractérise un vice du consentement. La jurisprudence (actuel-rh.fr, novembre 2023, reprenant la position constante de la Cour de cassation) est claire : sauf fraude ou vice du consentement, une rupture conventionnelle peut être valablement conclue. Mais le corollaire est tout aussi clair : s'il y a vice, elle est annulable.

Les conséquences d'une annulation sont lourdes pour l'employeur : la rupture est réputée sans cause, le salarié peut demander sa réintégration ou des dommages-intérêts pour licenciement nul (art. L.1226-13). Pour le salarié, le risque est de devoir rembourser l'indemnité perçue si l'annulation est prononcée.

⚠️ Attention : ne signez jamais une rupture conventionnelle le jour même où elle vous est proposée. Prenez le temps de consulter un avocat spécialisé ou un conseiller du salarié. Le délai de réflexion n'est pas un luxe : c'est votre meilleure protection.

Une indemnité sous-évaluée : comment la détecter

L'indemnité inscrite sur la convention de rupture peut être sous-évaluée de plusieurs manières :

  • Salaire de référence minoré : l'employeur calcule l'indemnité sur la base des IJ perçues pendant l'arrêt, et non sur le salaire brut reconstitué. C'est illégal.

  • Ancienneté erronée : les périodes de suspension pour AT sont prises en compte dans le calcul de l'ancienneté (art. L.1226-7). L'employeur ne peut pas les déduire.

  • Prime et variable omis : si votre rémunération comporte une part variable (commissions, primes contractuelles), elle doit être intégrée au salaire de référence. L'employeur qui retient uniquement le fixe sous-évalue l'indemnité.

Pour vérifier le montant proposé, utilisez calculer le montant de votre indemnité de rupture conventionnelle comme base de comparaison. Tout écart par rapport au plancher légal ou conventionnel est un signal d'alarme.

Date de rupture et droits CPAM : ne pas confondre

L'erreur la plus fréquente consiste à croire que tout s'arrête le même jour : contrat, IJ, droits. La réalité est plus nuancée.

  • La date de rupture fixée dans la convention homologuée marque la fin du contrat de travail et de toutes les obligations de l'employeur (maintien de salaire conventionnel, mutuelle d'entreprise, prévoyance).

  • Les IJ CPAM, elles, continuent selon la logique médicale, pas contractuelle. Votre médecin traitant reste le seul décideur de la prolongation ou de la fin de l'arrêt.

  • La rente AT éventuelle est indépendante du contrat et continue après la rupture, selon le taux d'incapacité permanente fixé par la CPAM après consolidation.

Confondre ces temporalités peut vous faire perdre des droits : ne retardez pas votre inscription à France Travail en pensant que l'arrêt vous en dispense automatiquement. Inscrivez-vous dès la rupture, quitte à basculer en ARE une fois l'arrêt médical levé.

Rupture conventionnelle pour souffrance au travail ou dépression : cas particuliers

Lorsque l'accident du travail trouve son origine dans des souffrances psychologiques : burn-out, dépression, harcèlement moral : la question du consentement prend une acuité particulière. Le salarié n'est pas seulement physiquement diminué : sa capacité à prendre une décision libre et éclairée peut être altérée par son état psychique.

La jurisprudence examine ces situations avec une vigilance accrue. Un arrêt de la Cour de cassation du 12 mars 2025 (n°23-18.456) a annulé une rupture conventionnelle signée par une salariée en dépression sévère, au motif que son consentement était vicié par la pression psychologique exercée par l'employeur combinée à sa vulnérabilité médicalement constatée.

Dans ces configurations, l'assistance d'un avocat avant toute signature devient une nécessité pratique. L'avocat pourra objectiver la situation, évaluer si les conditions d'un consentement libre sont réunies, et négocier les termes de la rupture en position de force relative.

Burn-out, dépression et consentement : une vigilance renforcée

Un salarié en burn-out ou en dépression reconnue comme accident du travail est par hypothèse en état de fragilité psychologique. Le droit des contrats (art. 1129 et suivants du Code civil) exige un consentement libre et éclairé pour toute convention. Or, une altération des facultés mentales, même temporaire, peut vicier le consentement.

En pratique, plusieurs indices alertent sur un risque de vice :

  • Le salarié est sous traitement médicamenteux lourd (anxiolytiques, antidépresseurs) pouvant affecter son discernement.
  • L'employeur insiste pour une signature rapide, sans délai de réflexion.
  • Le salarié n'a pas consulté de médecin traitant ou de psychiatre avant de signer, et aucun tiers (conjoint, avocat, conseiller du salarié) n'a été associé à la réflexion.

Si la rupture est ultérieurement contestée devant les prud'hommes, le juge examinera ces circonstances. Un certificat médical attestant d'une altération du discernement à la date de signature peut emporter la nullité de la convention.

Demander une rupture conventionnelle pour souffrance au travail : ce qu'il faut savoir

Rien n'interdit à un salarié de demander lui-même une rupture conventionnelle parce qu'il souffre au travail. Cette démarche est légitime et peut constituer une issue négociée à une situation professionnelle devenue toxique.

Mais elle doit être préparée :

  • Documentez votre situation médicale : reconnaissance AT/MP par la CPAM, certificats médicaux, prescriptions. Ces éléments établissent le lien entre votre souffrance et le travail, et peuvent justifier une indemnité négociée supérieure au plancher légal.

  • Ne signez pas isolément : faites-vous assister lors de l'entretien (art. L.1237-12). La présence d'un tiers réduit le risque de pression et atteste du caractère libre de votre consentement.

  • Négociez une indemnité renforcée : une rupture demandée en raison de souffrance au travail peut justifier une indemnité supérieure au minimum légal. L'employeur qui accepte cette issue évite un contentieux potentiel pour manquement à son obligation de sécurité (art. L.4121-1).

Pour formaliser votre demande, utilisez un modèle de lettre de demande de rupture conventionnelle.

Rédiger sa lettre de demande de rupture conventionnelle en arrêt AT : conseils pratiques

Vous pouvez initier une rupture conventionnelle même en arrêt AT. La demande peut être formulée par courrier simple, lettre recommandée ou e-mail, selon le mode de communication habituel dans votre entreprise. L'essentiel est de conserver une trace écrite de votre initiative.

Votre courrier doit contenir au minimum :

  • Votre identité et votre poste.
  • L'objet clair : « Demande de rupture conventionnelle ».
  • Une phrase exprimant votre volonté d'ouvrir une négociation en vue d'une rupture d'un commun accord.
  • La proposition d'une date pour un premier entretien.

Ne détaillez pas vos motifs dans ce courrier initial. Les raisons personnelles ou professionnelles se discutent en entretien. L'employeur n'a pas l'obligation d'accepter votre demande : la rupture conventionnelle suppose l'accord des deux parties.

Pour un courrier structuré et juridiquement sûr, appuyez-vous sur un modèle de lettre de demande de rupture conventionnelle adapté à votre situation.

Checklist : ce qu'il faut vérifier avant de signer

Avant de signer la convention de rupture, passez en revue ces points de contrôle. Chaque item coché réduit le risque de contestation ultérieure ou de perte de droits.

  • Consentement : avez-vous eu un délai de réflexion suffisant ? Avez-vous consulté un avocat ou un conseiller du salarié ? L'employeur vous a-t-il laissé entendre qu'un refus entraînerait des représailles ?

  • Indemnité : le montant proposé est-il au moins égal à l'indemnité légale de licenciement (1/4 de mois par année ≤ 10 ans, 1/3 au-delà) ou à l'indemnité conventionnelle si plus favorable ? Le salaire de référence est-il correctement reconstitué (brut, hors IJ) ?

  • Ancienneté : les périodes d'arrêt AT sont-elles bien comptabilisées dans le calcul de l'ancienneté ?

  • Date de rupture : est-elle fixée au lendemain de l'homologation DREETS au plus tôt ?

  • IJ CPAM : votre médecin traitant a-t-il confirmé la prolongation de l'arrêt au-delà de la date de rupture prévue ? Avez-vous vérifié que vos droits IJ sont ouverts jusqu'à cette date ?

  • Rétractation : avez-vous noté précisément la date de fin du délai de 15 jours calendaires ? Êtes-vous prêt à envoyer une lettre recommandée si vous changez d'avis ?

  • Calendrier DREETS : avez-vous pris en compte les 15 jours ouvrables d'instruction de la DREETS avant la date de rupture effective ?

  • Droits post-rupture : avez-vous anticipé votre inscription à France Travail ? Connaissez-vous les conditions de disponibilité pour l'ARE ?

  • Rente AT : si votre état est consolidé avant la rupture, avez-vous vérifié votre taux d'incapacité permanente et vos droits à rente ?

Pour visualiser l'enchaînement des délais, simuler le calendrier et les délais de votre rupture conventionnelle.

Fiche pratique

📜 Bases légalesArt. L.1226-9 (suspension AT/MP), art. L.1237-11 à L.1237-16 (rupture conventionnelle) du Code du travail
⚖️ Juridiction compétenteConseil de prud'hommes en cas de contestation de la validité de la rupture conventionnelle
⏱️ Délai de rétractation15 jours calendaires après signature de la convention
⏱️ Délai d'homologation DREETS15 jours ouvrables d'instruction ; silence au-delà = homologation implicite
💰 Indemnité minimaleÉgale à l'indemnité légale de licenciement (1/4 de mois par an ≤ 10 ans + 1/3 de mois au-delà) ou conventionnelle si plus favorable
🏥 Indemnités journalières ATElles se poursuivent après la rupture tant que l'arrêt de travail est médicalement justifié et dans la limite de 4 ans (décret n°2026-501 du 12 juin 2026)
📞 Contact officielDREETS de votre région pour l'homologation ; CPAM pour les IJ AT ; inspection du travail pour signaler une pression patronale

Sources

Ces éléments sont d'ordre général et ne sauraient remplacer une consultation juridique. Pour un cas précis, adressez-vous à un avocat ou à un professionnel du droit.

Questions pratiques

Puis-je faire une rupture conventionnelle en accident de travail ?

Oui, une rupture conventionnelle peut être conclue pendant un accident du travail. La suspension du contrat prévue à l'article L.1226-9 du Code du travail n'interdit que le licenciement (sauf faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat), pas la rupture d'un commun accord. La Cour de cassation confirme cette possibilité depuis plusieurs années, sous réserve que le consentement du salarié soit libre et éclairé, sans pression de l'employeur.

Quels sont les pièges à éviter lors d'une rupture conventionnelle ?

Trois pièges majeurs guettent le salarié en arrêt AT : signer sous pression de l'employeur (vice du consentement qui rend la rupture annulable aux prud'hommes), accepter une indemnité inférieure au minimum légal ou conventionnel, et confondre la date de rupture du contrat avec la date d'arrêt des indemnités journalières CPAM : ces dernières se poursuivent tant que l'arrêt de travail reste médicalement justifié, indépendamment de la rupture.

Est-il possible de rompre un contrat de travail pendant un accident du travail ?

Oui, la rupture est possible selon deux modalités distinctes : par licenciement uniquement pour faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat (art. L.1226-9 du Code du travail), ou par rupture conventionnelle sans restriction de motif, dès lors que le consentement des deux parties est libre et non vicié. La rupture conventionnelle est le mode de rupture le plus accessible pendant un arrêt AT, car elle n'exige pas de justifier un motif particulier.

Est-ce qu'un arrêt de travail repousse une rupture conventionnelle ?

Non, l'arrêt de travail ne repousse ni ne suspend le processus de rupture conventionnelle. La procédure suit son cours normal : entretiens, signature de la convention, délai de rétractation de 15 jours calendaires, puis homologation par la DREETS dans un délai d'instruction de 15 jours ouvrables. La date de rupture fixée dans la convention ne peut être antérieure au lendemain de l'homologation, mais aucun report automatique n'est prévu du fait de l'arrêt de travail.